Les annonces d’OpenAI lors de son DevDay 2026 ne se résument pas aux nouveaux modèles d’intelligence artificielle ou aux agents autonomes Dots. Derrière cette avalanche de nouveautés se dessine une stratégie plus ambitieuse : faire de ChatGPT une nouvelle porte d’entrée vers les logiciels, capable de découvrir, lancer et utiliser des applications sans quitter la conversation.
OpenAI cherche ainsi à remettre en question le modèle traditionnel des magasins d’applications dominé par Apple et Google. ChatGPT deviendrait progressivement l’endroit où l’utilisateur indique ce qu’il veut accomplir, tandis que l’IA se charge de trouver les outils nécessaires pour y parvenir.
ChatGPT veut devenir le point de départ des applications
OpenAI affirme désormais que ChatGPT compte 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires. Une telle audience représente évidemment une formidable plateforme de distribution pour les développeurs, mais l’entreprise estime que le potentiel de ChatGPT comme outil de découverte d’applications reste encore largement inexploité.
L’idée est simple : plutôt que de chercher soi-même une application dans un App Store ou sur le Web, l’utilisateur pourrait simplement expliquer son besoin dans ChatGPT. Lorsque le système détectera qu’une application peut l’aider, il pourra alors la suggérer directement dans la conversation.
L’utilisateur pourra connecter cette application et commencer à l’utiliser sans nécessairement quitter ChatGPT.
Cette approche avait déjà été amorcée par OpenAI, mais les annonces du Dev Day donnent désormais une forme beaucoup plus concrète à cette stratégie.
Des applications directement intégrées aux conversations
L’évolution de l’architecture des plugins de ChatGPT joue ici un rôle central. OpenAI permet désormais aux développeurs de créer des extensions capables d’afficher des interfaces interactives directement dans les conversations. Concrètement, une application qui nécessitait auparavant de passer par un navigateur, un logiciel de bureau ou une application mobile peut désormais proposer certaines de ses fonctions directement dans ChatGPT.

Pour les développeurs, cela représente potentiellement un nouveau canal de distribution : ils peuvent concevoir une version de leurs services pensée dès le départ pour fonctionner avec l’IA, plutôt que simplement reproduire leur application traditionnelle.
Des outils de Figma et Adobe ont notamment été montrés lors du Dev Day pour permettre aux utilisateurs de travailler sur des projets ou d’effectuer des modifications directement depuis ChatGPT.
« Sign in with ChatGPT » ajoute une couche d’identité
OpenAI ne cherche pas uniquement à intégrer les applications dans ChatGPT. L’entreprise veut également simplifier la manière dont les utilisateurs s’identifient et utilisent leur accès à l’IA. Avec Sign in with ChatGPT, l’utilisateur peut utiliser son identité ChatGPT auprès de services partenaires tout en conservant son allocation d’utilisation de l’IA.

OpenAI annonce 16 partenaires au lancement, parmi lesquels Devin de Cognition, Notion, Vercel, T3, OpenClaw et Dactyl, avec d’autres intégrations prévues par la suite.
L’objectif est de créer une forme de continuité entre ChatGPT et les applications tierces, plutôt que de demander à l’utilisateur de gérer une succession de comptes et d’environnements indépendants.
Les applications peuvent aussi être partagées
OpenAI pousse également cette logique dans le monde professionnel. Les applications peuvent être intégrées dans les sites légers générés par ChatGPT et partagées avec des collègues. Chaque utilisateur peut alors se connecter avec ses propres identifiants et ses propres permissions, ce qui permet de conserver une expérience personnalisée.
Un exemple présenté lors du Dev Day concerne la nouvelle application de réunions d’OpenAI. Intégrée à ChatGPT, elle peut afficher les prochaines réunions du calendrier et permettre à l’utilisateur de demander à l’IA de prendre des notes. Une fois la réunion terminée, ChatGPT peut ensuite produire un résumé des actions à suivre.
OpenAI crée aussi son propre processus de validation
Si ChatGPT devient une plateforme d’applications, OpenAI doit également mettre en place une forme de contrôle qualité. L’entreprise améliore donc son système de soumission et de validation des plugins.
Les développeurs pourront suivre l’état de leur demande, savoir quelles modifications sont nécessaires, demander une vérification humaine et mettre à jour les outils de leur plugin sans devoir recommencer intégralement le processus de soumission.
Le parallèle avec le processus de validation des applications d’Apple est assez évident : OpenAI construit progressivement son propre équivalent d’un App Review.
Un Marketplace pour les entreprises
La stratégie ne s’arrête pas aux applications destinées au grand public. OpenAI lance également un Marketplace destiné aux entreprises, dans lequel des partenaires peuvent présenter leurs logiciels. Plus de 30 partenaires sont annoncés au lancement, parmi lesquels Adobe, Figma, Salesforce, HubSpot, ServiceNow, Harvey, Legora, Palo Alto Networks, CrowdStrike, Baseten, Sierra et Decagon.
Pour les clients éligibles, OpenAI indique qu’une partie de leur engagement financier auprès d’OpenAI pourra être utilisée pour certains logiciels partenaires approuvés.
Cela donne à OpenAI une nouvelle position dans la chaîne de distribution logicielle : ChatGPT ne serait plus uniquement l’outil utilisé par les salariés, mais pourrait également devenir l’endroit où les entreprises découvrent et accèdent à d’autres services.
Avec Dots, l’utilisateur n’a même plus besoin de choisir l’application
C’est probablement avec les Dots que la stratégie devient la plus intéressante. Ces agents autonomes peuvent naviguer sur le Web, utiliser des applications connectées et exécuter des tâches depuis leur propre environnement informatique dans le cloud. Chaque Dot dispose notamment de son propre ordinateur et navigateur cloud.
Le changement de modèle est important. Dans le fonctionnement traditionnel, un utilisateur identifie son besoin, cherche ensuite le logiciel adapté, installe ou ouvre ce logiciel, puis réalise lui-même la tâche.
Avec un agent, le processus peut être inversé : l’utilisateur explique directement ce qu’il veut obtenir, et l’agent détermine les outils nécessaires pour réaliser le travail.
Si une tâche nécessite un service ou un modèle particulier, c’est potentiellement l’agent qui va chercher cet outil plutôt que l’utilisateur.
Plus de 4 000 applications dans l’écosystème
OpenAI indique que les Dots pourront se connecter à un écosystème comprenant désormais plus de 4 000 applications.
Les agents peuvent également être proactifs. Ils peuvent notamment proposer leur aide sur un projet ou un bug, ou effectuer une tâche que l’utilisateur aurait oubliée.
OpenAI précise toutefois que cette proactivité reste soumise à l’approbation de l’utilisateur. Les Dots peuvent effectuer ce que l’entreprise appelle des recherches proactives en arrière-plan avec les applications connectées, notamment en mode lecture seule, tandis que l’utilisateur conserve le contrôle sur les actions susceptibles d’être effectuées.
Cette distinction est essentielle si OpenAI veut convaincre les entreprises d’adopter ces agents pour des tâches réelles.
OpenAI ne remplace pas encore l’économie des App Stores
Il existe cependant une limite importante à cette vision. OpenAI construit actuellement la découverte, la distribution, l’interface et l’identité, mais n’a pas présenté lors du Dev Day un système de facturation comparable à celui des App Store d’Apple et de Google.
L’entreprise n’a notamment pas annoncé de mécanisme de partage des revenus ou de commission sur les achats effectués via ChatGPT.
Un utilisateur pourrait donc souscrire directement à un service auprès de son éditeur, puis connecter ce compte à ChatGPT ou Codex afin que son agent puisse l’utiliser. Les abonnements et paiements aux services tiers ne disparaissent pas pour autant.
C’est un point important : OpenAI ne lance pas encore un véritable App Store économique, mais construit progressivement les briques nécessaires pour que ChatGPT puisse devenir une alternative au modèle traditionnel de découverte et d’utilisation des logiciels.
ChatGPT comme nouvelle couche logicielle
C’est finalement cette évolution qui donne une cohérence aux annonces du Dev Day. Les modèles, les plugins, les applications intégrées, Sign in with ChatGPT, le Marketplace et les Dots ne sont pas nécessairement des produits isolés.
Ils participent à la construction d’une nouvelle couche logicielle dans laquelle ChatGPT devient l’interface entre l’utilisateur et les applications.
Le modèle traditionnel demande à l’utilisateur de connaître les logiciels dont il a besoin. Le modèle qu’OpenAI semble construire inverse progressivement cette logique : l’utilisateur formule une intention, et l’IA détermine comment l’exécuter.
La question sera désormais de savoir jusqu’où cette approche peut aller. Si OpenAI parvient à faire de ChatGPT un véritable intermédiaire entre les utilisateurs et des milliers de services, la concurrence ne se jouera plus uniquement entre applications, mais également sur la capacité des agents à choisir et orchestrer ces applications à la place de l’utilisateur.