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Amazon bloque Muse de Meta : la bataille des agents IA pour contrôler le shopping en ligne s’intensifie

Décryptage

Amazon bloque Muse de Meta : la bataille des agents IA pour contrôler le shopping en ligne s’intensifie

L'ESSENTIEL
  • Amazon bloque l'agent personnel Muse de Meta sur son site pour violation de ses conditions d'utilisation.
  • Le géant du e-commerce durcit sa plainte judiciaire contre Perplexity et son application Comet sur iOS.
  • Le cœur du conflit oppose le contrôle des interfaces d'achat à l'autonomie des agents intelligents.
  • La publicité et la visibilité des produits sur les plateformes marchandes sont directement menacées par ces intermédiaires.
  • Ces batailles juridiques redéfinissent les règles d'accès et d'automatisation sur l'ensemble du web commercial.

Amazon vient d’ouvrir deux fronts simultanés contre les agents d’intelligence artificielle capables d’acheter à la place de leurs utilisateurs. Le géant du e-commerce a bloqué Muse, le nouvel assistant personnel de Meta, sur Amazon.com, tout en déposant une plainte amendée contre Perplexity autour du fonctionnement de Comet sur iOS.

Derrière les questions techniques et juridiques apparaît un conflit beaucoup plus stratégique : qui contrôlera demain la relation entre l’acheteur et la boutique lorsqu’un agent IA naviguera, comparera et commandera à sa place ? Pour Amazon, laisser un intermédiaire automatisé s’installer entre son magasin et ses clients touche autant à la sécurité qu’à son modèle publicitaire.

Amazon ferme la porte à Muse, le nouvel agent personnel de Meta

Depuis dimanche soir, les utilisateurs qui demandent à Muse d’effectuer des achats sur Amazon peuvent rencontrer un message indiquant que l’accès continu d’un agent IA non autorisé enfreint les conditions d’utilisation du site. Amazon affirme avoir demandé auparavant à Meta de retirer son magasin des services accessibles par Muse, sans obtenir gain de cause.

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La position d’Amazon repose essentiellement sur la manière dont un agent tiers se présente au service qu’il utilise. Le groupe estime qu’une application capable d’effectuer des achats au nom d’un client devrait s’identifier clairement et respecter la décision d’un commerçant de participer ou non à cette expérience.

Amazon affirme notamment que Meta ne l’avait pas informé de l’accès de Muse à son magasin et que l’agent ne s’identifie pas lorsqu’il navigue. L’entreprise soulève également des inquiétudes autour de la manipulation des identifiants et de certaines données liées aux comptes clients.

Meta décrit toutefois son architecture différemment. Selon l’entreprise, Muse fonctionne dans une machine virtuelle sécurisée disposant de son propre navigateur. Les identifiants fournis par l’utilisateur sont conservés dans un espace sécurisé et Muse n’a, selon Meta, aucune visibilité directe sur les mots de passe ou les moyens de paiement. L’agent demande également une confirmation avant certaines actions sensibles, notamment un achat.

Le désaccord ne porte donc pas simplement sur la capacité technique de Muse à naviguer sur Amazon. Il concerne surtout le droit d’un agent, mandaté par l’utilisateur, à interagir avec un service qui ne souhaite pas nécessairement accueillir cet intermédiaire.

Muse transforme le navigateur en véritable intermédiaire commercial

Lancé le 8 septembre, Muse représente précisément le type d’agent susceptible de bouleverser cette relation. Meta ne le présente pas comme un simple assistant conversationnel. Muse peut utiliser un navigateur, remplir des formulaires et réaliser des tâches en plusieurs étapes. Lorsqu’un service ne propose pas d’API publique adaptée, Meta explique que son agent peut passer par son navigateur pour interagir avec celui-ci d’une manière proche de celle d’un utilisateur.

Cette capacité change profondément la nature du commerce en ligne. Aujourd’hui, un consommateur qui cherche un produit sur Amazon traverse une interface conçue par Amazon : recommandations, résultats sponsorisés, promotions, comparateurs, abonnements et suggestions complémentaires structurent son parcours.

Un agent peut inverser cette logique. L’utilisateur pourrait simplement lui demander de trouver un produit répondant à plusieurs critères et de sélectionner la meilleure offre. Le logiciel parcourrait alors la boutique en arrière-plan et ne restituerait éventuellement qu’une poignée de résultats. Une partie importante de l’interface commerciale disparaîtrait de la relation avec le client.

Pour Amazon, cette évolution est particulièrement sensible. GeekWire rappelle que l’entreprise a généré plus de 68 milliards de dollars de revenus publicitaires l’an dernier, une activité directement liée à la visibilité des produits et annonces dans son environnement commercial.

L’agent n’est donc pas seulement un nouveau navigateur. Il peut devenir le nouvel intermédiaire qui décide quels produits l’utilisateur verra réellement.

Perplexity et Comet placent le conflit devant les tribunaux

Le même jour, Amazon a renforcé son autre bataille contre les agents IA en déposant une plainte amendée contre Perplexity. Le dossier concerne notamment Comet sur iOS et comporte des accusations fondées sur le droit américain relatif à l’accès informatique, la législation californienne sur les données et l’interférence avec des relations contractuelles.

Amazon affirme que la version iOS de Comet utilise une architecture différente de celle précédemment examinée par les tribunaux. Selon les allégations de l’entreprise, la session Amazon de l’utilisateur serait transmise à l’infrastructure cloud de Perplexity, où un navigateur virtuel pourrait ensuite demander directement les pages d’Amazon.

Cet élément est important juridiquement, car Amazon avait subi un revers en appel le 4 août. La cour avait alors considéré, dans le contexte examiné, que c’était l’utilisateur et non l’entreprise d’IA qui accédait aux ordinateurs d’Amazon. Une demande de réexamen a ensuite été rejetée le 10 septembre.

Avec ses nouvelles allégations concernant Comet sur iOS, Amazon cherche à distinguer cette architecture de celle sur laquelle reposait cette décision. Les affirmations contenues dans la plainte restent néanmoins celles d’Amazon et Perplexity n’avait pas encore répondu à la version amendée du dossier au moment des informations disponibles.

Le conflit est donc loin d’être tranché. Mais il montre déjà que la bataille autour des agents IA ne se joue plus uniquement sur les performances des modèles : elle commence à redéfinir les frontières juridiques du Web lui-même.

Amazon mise de plus en plus sur les contrats et l’identification des agents

Un autre élément rapproche les affaires Muse et Perplexity : Amazon insiste désormais fortement sur ses propres conditions d’utilisation. Le groupe avait modifié celles-ci en mai 2025 afin d’y intégrer des dispositions spécifiques aux agents. L’objectif est notamment que ces logiciels puissent être identifiés lorsqu’ils accèdent au service. Le message présenté aux utilisateurs de Muse s’inscrit directement dans cette logique contractuelle plutôt que de qualifier automatiquement l’accès de piratage.

Cette distinction est importante. Pendant des décennies, les sites Web ont principalement différencié les visiteurs humains, les navigateurs, les robots d’indexation et certains crawlers automatisés. Les agents modernes brouillent ces catégories : ils peuvent agir à la demande d’une véritable personne, utiliser son compte et accomplir une tâche légitime, tout en exécutant les actions depuis une infrastructure contrôlée par une entreprise tierce.

Qui est alors réellement le visiteur : l’utilisateur, son agent ou l’entreprise qui exploite cet agent ? La réponse aura des conséquences considérables. Si le mandat donné par l’utilisateur suffit, les agents pourraient naviguer sur une grande partie du Web avec relativement peu d’accords préalables. Si chaque plateforme peut imposer une autorisation spécifique aux agents, les grandes entreprises conserveront beaucoup plus de contrôle sur les interfaces automatisées qui accèdent à leurs services.

Les conflits actuels autour d’Amazon pourraient ainsi contribuer à déterminer les futures règles de cette nouvelle couche du Web.

Amazon ne s’oppose pas aux agents, mais veut contrôler les conditions d’accès

La position d’Amazon est d’autant plus intéressante que l’entreprise développe elle-même des technologies d’achat agentique. Elle dispose de ses propres expériences permettant à l’IA de rechercher ou d’acheter des produits et met en avant une approche dans laquelle les agents s’identifient auprès des services concernés. GeekWire cite notamment Buy for Me, dont Amazon affirme qu’il s’identifie lorsqu’il intervient sur les sites de marques externes et permet à celles-ci de refuser de participer.

Le conflit ne peut donc pas être résumé à Amazon contre les agents IA. Il oppose plutôt différentes conceptions du commerce agentique. Dans l’une, un assistant agit comme une extension de son utilisateur et devrait pouvoir parcourir les services que celui-ci est autorisé à utiliser. Dans l’autre, l’agent constitue un intermédiaire commercial distinct qui doit obtenir l’accord du service auquel il accède.

La situation avec Meta rend cette opposition encore plus révélatrice, puisque les deux groupes sont parallèlement partenaires sur plusieurs activités. Amazon et Meta peuvent donc coopérer commercialement tout en s’opposant frontalement sur la question de savoir qui contrôle le parcours d’achat lorsqu’une IA intervient entre le consommateur et le commerçant.

La véritable bataille concerne l’interface entre le client et Internet

Les agents autonomes pourraient progressivement remettre en cause un principe qui structure le Web commercial depuis des décennies : pour utiliser un service, il faut généralement passer par l’interface que son propriétaire a conçue.

Muse, Comet et les autres agents proposent une autre logique. L’utilisateur exprime une intention — trouver, comparer, réserver, acheter — et l’IA se charge de traverser les différentes interfaces à sa place.

Si ce modèle s’impose, la valeur pourrait se déplacer du site vers l’agent. Amazon conserverait son catalogue, sa logistique, ses vendeurs et son infrastructure de paiement, mais une partie de la découverte des produits pourrait être contrôlée par Meta, Perplexity, Google ou d’autres plateformes d’IA. Pour un groupe dont la publicité constitue désormais une activité majeure, cette perspective dépasse largement une simple question de trafic automatisé.

Inversement, si chaque grande plateforme peut bloquer librement les agents concurrents et privilégier les siens, l’idée d’un assistant réellement universel capable d’agir sur l’ensemble du Web deviendra beaucoup plus difficile à concrétiser.

Le bras de fer entre Amazon, Meta et Perplexity annonce ainsi une bataille plus fondamentale que celle du meilleur assistant IA. À mesure que les agents commencent réellement à agir, acheter et naviguer à notre place, le pouvoir se déplace vers celui qui contrôle la dernière interface avant la décision de l’utilisateur. Et c’est précisément cette interface que les géants du Web ne semblent pas prêts à abandonner.

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