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Batteries solides : la Chine vise 2030, mais CATL tempère fortement les ambitions

Décryptage

Batteries solides : la Chine vise 2030, mais CATL tempère fortement les ambitions

L'ESSENTIEL
  • Un nouveau plan industriel chinois ciblant l'utilisation à grande échelle des batteries tout-solide d'ici 2030.
  • Un scepticisme affiché par CATL, le leader mondial, qui juge la technologie encore trop immature pour une adoption massive.
  • Des difficultés persistantes liées à la fabrication de cellules de grande taille pour l'automobile.
  • La construction en cours d'une usine ProLogium à Dunkerque pour lancer la production en Europe.
  • Une course technologique mondiale décisive pour l'avenir de la mobilité propre.

La Chine vient de fixer 2030 comme horizon pour les premières utilisations à grande échelle des batteries tout-solide. Le calendrier figure dans un nouveau plan industriel couvrant la période 2026-2030, présenté par le ministère chinois de l’Industrie et six autres agences.

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Mais l’ambition affichée par Pékin contraste fortement avec l’évaluation de CATL, premier fabricant mondial de batteries. Son président Robin Zeng ne classe actuellement la technologie qu’à 4 sur 9 en termes de maturité et estime très improbable qu’un million de véhicules puissent en être équipés avant 2030.

Pékin vise les premières applications à grande échelle en 2030

Le nouveau plan chinois, publié le 28 septembre, fixe plusieurs objectifs pour les cinq prochaines années. Il prévoit notamment l’utilisation à grande échelle des batteries tout-solide à partir de 2030, tout en visant également des cellules lithium-ion capables d’atteindre 15 000 cycles de recharge.

Cependant, le document reconnaît plusieurs faiblesses de l’industrie chinoise, notamment en matière d’innovation ainsi que des déséquilibres entre l’offre et la demande.

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Le choix des mots est important : Pékin parle de première utilisation à grande échelle, et non de production de masse généralisée. Il s’agit donc davantage d’un objectif industriel que d’une garantie concernant la disponibilité de batteries tout-solide pour l’ensemble du marché automobile.

CATL est beaucoup plus prudent

Le premier fabricant chinois de batteries affiche une vision nettement moins optimiste. En juin, son président Robin Zeng évaluait la technologie tout-solide à 4 sur 9, alors qu’une note de 9 correspondrait à une technologie suffisamment mature pour la production automobile.

CATL prévoit néanmoins une production limitée dès 2027. Mais selon Zeng, la probabilité de voir des batteries tout-solide équiper un million de véhicules avant 2030 est très faible.

Ce décalage est révélateur. Même en Chine, où les fabricants de batteries disposent d’une avance considérable en matière de production industrielle, le passage des prototypes et petites séries à une technologie automobile produite à très grande échelle reste extrêmement complexe.

Le problème des grandes cellules reste entier

La difficulté ne concerne d’ailleurs pas uniquement la Chine. LG Energy Solution estime que les batteries tout-solide pourraient arriver dans les smartphones environ dix ans avant les voitures électriques. La raison tient notamment à la taille des cellules. Les fabricants rencontrent davantage de difficultés lorsqu’il faut produire des cellules de grande capacité capables de conserver des performances et une fiabilité constantes.

Une batterie qui fonctionne parfaitement dans un appareil électronique compact n’est donc pas nécessairement prête à équiper une voiture électrique. Les volumes nécessaires, les contraintes de sécurité, la durée de vie et surtout les coûts changent complètement d’échelle.

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ProLogium construit déjà une usine en France

L’Europe pourrait néanmoins disposer d’une première capacité industrielle avant l’échéance chinoise, même si elle restera dans un premier temps très limitée. À Dunkerque, ProLogium construit une usine de batteries tout-solide à proximité de la centrale nucléaire de Gravelines. Le chantier a débuté en février, après l’obtention des autorisations nécessaires et la mise en place de soutiens publics.

Le projet doit démarrer avec une capacité de 0,8 GWh en 2028, avant de monter progressivement jusqu’à 12 GWh en 2032.

ProLogium produit déjà des batteries à Taïwan, avec environ 6 000 packs par an pour une capacité de 0,5 GWh. L’entreprise revendique une densité énergétique de 381 Wh/kg, mesurée par TÜV Rheinland, soit environ 30 % de plus que les cellules utilisées dans la plupart des voitures électriques actuelles.

Une usine française, mais avec un standard chinois

Le projet de Dunkerque présente une particularité assez révélatrice de l’état actuel de cette industrie : les cellules de ProLogium seront certifiées selon un standard chinois.

Le fabricant utilise la norme GB/T 43568-2026, introduite par Pékin en juillet pour définir les spécifications applicables aux batteries tout-solide. Les cellules ont également été testées séparément par UL Solutions.

L’Europe cherche donc à développer sa propre capacité industrielle, mais une partie des références techniques utilisées dans cette nouvelle génération de batteries provient déjà de Chine.

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L’Europe reste très loin des volumes chinois

Le projet ProLogium constitue le plus important nouveau projet européen de cellules depuis la faillite de Northvolt. Mais même à pleine capacité, il restera très éloigné des volumes industriels chinois.

Les fabricants chinois et sud-coréens fournissent actuellement 90 % des batteries utilisées en Europe, tandis que Northvolt a fait faillite après avoir levé environ 15 milliards de dollars.

D’autres initiatives existent toutefois. Volkswagen PowerCo et Mercedes travaillent notamment avec Factorial sur leurs propres technologies de batteries tout-solide.

L’enjeu dépasse donc largement la seule autonomie des voitures électriques. Pour l’Europe, développer une filière de batteries tout-solide représente aussi une tentative de réduire sa dépendance à l’égard des fabricants asiatiques.

2030 sera surtout un test de maturité

La Chine dispose aujourd’hui d’une avance considérable dans la production de batteries et représentait déjà 70 % de la production mondiale de voitures électriques durant le précédent plan quinquennal.

Mais le nouveau calendrier chinois doit être interprété avec prudence. 2030 est un objectif d’utilisation à grande échelle, pas une promesse de production de masse. Et même CATL, pourtant au cœur de cette industrie, estime que la technologie reste encore loin d’une adoption massive dans l’automobile.

Le véritable défi des prochaines années sera donc de transformer une technologie prometteuse en produit industriel fiable, abordable et capable d’être fabriqué à très grande échelle.

Pour l’Europe, l’usine de Dunkerque constitue une première étape importante. Mais avec seulement 0,8 GWh prévu en 2028, elle ne changera pas à elle seule le rapport de force mondial. La bataille des batteries tout-solide ne fait que commencer, et la Chine entend clairement conserver son avance.

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