Wall Street a connu une des pires séances de l’année pour les valeurs technologiques le 30 octobre. Intel a perdu 28,6 % en une journée, et le Nasdaq-100 a effacé plus de 2 000 milliards de dollars de capitalisation sur le mois d’octobre, selon Reuters, repris par le Korea Times.
Les investisseurs s’inquiètent de la rentabilité des énormes dépenses dans l’intelligence artificielle. Les 2 000 milliards correspondent à la baisse du mois entier, pas à une seule séance, et ils représentent une perte de valeur boursière, pas de l’argent réellement dépensé.
Les analystes ne parlent pas tous de bulle. Plusieurs estiment que les géants du secteur restent solides et que la correction a surtout ramené les cours à des niveaux plus raisonnables.
Que s’est-il passé le 30 octobre ?
Intel a clôturé à 65,76 dollars, en baisse de 28,6 %, sa pire séance depuis plus de quarante-cinq ans, d’après Hardware Busters. Le groupe a déçu avec une prévision de chiffre d’affaires de 15 à 16 milliards de dollars pour le quatrième trimestre, sous les attentes. Une demande de PC faible, liée à la flambée des prix de la mémoire, est aussi évoquée par certains médias. Un site attribue la chute à une explosion dans une usine israélienne, mais cette version n’est pas confirmée ailleurs.
La veille, Alphabet avait perdu 12,6 % en une séance, soit environ 500 milliards de dollars de valeur, sa pire journée à ce jour. Les investisseurs ont sanctionné le recul de la publicité dans la recherche et une forte hausse des dépenses. Amazon a aussi reculé, après avoir relevé ses prévisions d’investissement.
Le Nasdaq a cédé 2,9 % le 30 octobre. Le Nasdaq-100 se situe désormais environ 9 % sous son record d’octobre, tandis que le S&P 500 est à plus de 3 % du sien.
Et Nvidia ?
Les chiffres divergent selon les sources : certaines évoquent une baisse de 4 % lors de la séance, d’autres un recul de 14,5 % depuis son plus haut. Nvidia, considéré comme le baromètre de l’IA, publiera ses résultats à la mi-novembre, un rendez-vous que les marchés attendent comme un test. Nous racontions déjà la pression sur son monopole après les accords de Google et d’Oracle.
Pourquoi les marchés doutent de l’IA ?
Le moteur de la baisse est l’argent consommé par l’IA. D’après Barclays, les grands acteurs du cloud et leurs filiales ont levé 346 milliards de dollars de dettes et de capitaux à la fin septembre, contre 172 milliards sur toute l’année 2025. Assurer la dette des géants du cloud coûte aujourd’hui environ 0,6 point de plus que celle des banques, contre presque rien un an plus tôt.
Le projet de Meta de lever 97,5 milliards de dollars a fait craindre une dilution pour ses actionnaires, et Microsoft prévoirait une émission d’environ 25 milliards. L’inquiétude gagne les marchés du crédit, où des investisseurs évaluent le risque de défaut. Selon Gartner, les propriétaires de centres de données auraient besoin de 8 500 milliards de dollars de revenus d’ici 2030, alors que 3 600 milliards au plus les attendent.
Faut-il y voir une bulle ?
La comparaison avec la bulle Internet de 2000 revient dans les commentaires, mais les spécialistes restent partagés. John Bilton, de JPMorgan Asset Management, estime que « nous avons peut-être surestimé la croissance », mais que ces entreprises « ne reculent pas dans l’ensemble ». JPMorgan prévoit toujours 5 500 milliards de dollars de dépenses mondiales dans l’IA d’ici 2030.
Pour un lecteur qui n’investit pas, l’enjeu est indirect : un ralentissement des investissements pourrait toucher les prix des composants, les services d’IA et les emplois du secteur. Ceci ne constitue pas un conseil financier.
Reste à savoir si le doute durera
Reste à savoir si les résultats de Nvidia, à la mi-novembre, rassureront les investisseurs. Les ventes d’OpenAI et d’Anthropic, dont l’entrée en Bourse approche, serviront aussi de test pour la rentabilité de l’IA.