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Prix Goncourt : un roman écarté après des accusations de plagiat et d’usage massif de l’IA

Décryptage

Prix Goncourt : un roman écarté après des accusations de plagiat et d’usage massif de l’IA

L'ESSENTIEL
  • L'exclusion de C’était ça ou mourir de la première sélection du prestigieux Prix Goncourt.
  • Des soupçons croisés reposant sur des analyses de détecteurs d'IA et des accusations de plagiat.
  • La défense de l'auteur qui impute les particularités stylistiques à ses origines haïtiennes.
  • Un séisme pour le monde de l'édition face au flou réglementaire sur l'intelligence artificielle.
  • Une affaire qui interroge durablement sur la fiabilité des outils de détection automatisés.

Le Prix Goncourt vient de retirer C’était ça ou mourir, le premier roman de Thélyson Orélien, de sa première sélection. L’Académie Goncourt affirme avoir été confrontée à des analyses convergentes suggérant que le livre aurait été écrit en grande partie par une intelligence artificielle, auxquelles se sont ajoutées des accusations de plagiat concernant des textes plus anciens de l’auteur.

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Thélyson Orélien conteste l’utilisation de l’IA et dénonce une accusation qu’il estime liée à ses origines. L’affaire soulève une nouvelle fois la question de la fiabilité des détecteurs d’IA, mais aussi celle des limites que les institutions littéraires veulent fixer à l’utilisation de ces technologies.

L’Académie Goncourt écarte le roman

Dans un communiqué publié vendredi, l’Académie Goncourt explique avoir pris sa décision après avoir pris connaissance de plusieurs analyses réalisées par des chercheurs et des journalistes. Selon l’institution, leurs résultats convergeraient vers l’hypothèse selon laquelle le roman serait « très largement » issu d’une intelligence artificielle.

L’Académie évoque également des faits de plagiat commis par l’auteur à différentes périodes, qui seraient apparus récemment.

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L’institution affirme vouloir défendre une littérature écrite par des femmes et des hommes et indique vouloir envoyer un message clair aux différents jurys associés au Goncourt, notamment le Goncourt des Lycéens, le Goncourt des Détenus et les nombreux jurys internationaux.

Elle affirme notamment ne pas vouloir « donner sa bénédiction » à la création de textes générés avec l’aide de l’IA.

L’Académie ne souhaite pas commenter davantage l’affaire pour le moment. Sa deuxième sélection doit être annoncée le 6 octobre, avant la remise du prix prévue le 4 novembre.

Une accusation née sur les réseaux sociaux

L’affaire a commencé le 21 septembre avec un compte anonyme sur X baptisé Balance ton Claude, en référence à l’IA d’Anthropic. Le compte affirmait avoir analysé le roman avec Pangram, un outil de détection de textes générés par IA, et conclu que le livre aurait été « presque entièrement » produit par une IA. La publication est intervenue le jour même où C’était ça ou mourir recevait le Prix du roman Fnac.

Le compte a ensuite été attribué par Le Figaro à l’essayiste et chroniqueur Samuel Fitoussi. Celui-ci a indiqué avoir réalisé les analyses avec d’autres personnes.

Mais la fiabilité des détecteurs d’IA constitue précisément l’un des points les plus controversés de cette affaire. Plusieurs spécialistes ont souligné leurs limites, tandis que des médias français ont obtenu des résultats différents avec d’autres outils : certains ont au contraire considéré le texte comme probablement écrit par un humain.

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Autrement dit, un score produit par un détecteur d’IA ne constitue pas, à lui seul, une preuve permettant d’établir l’origine d’un texte.

Les accusations de plagiat changent la nature de l’affaire

Le dossier s’est ensuite compliqué avec l’apparition d’accusations de plagiat. Libération a notamment rapporté qu’une nouvelle de Thélyson Orélien ayant remporté un prix en 2012 aurait repris des éléments d’une préface de l’écrivain Louis Pauwels. La Presse a également rapporté qu’une tribune publiée en 2013 aurait repris des passages provenant du Philippine Star.

Ces accusations sont distinctes de celles concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle. Elles portent sur des textes antérieurs de l’auteur et reposent sur des comparaisons de contenus publiés.

C’est cette accumulation d’éléments qui semble avoir fait évoluer la position de l’Académie. Son président Philippe Claudel appelait encore à la prudence mercredi concernant les accusations liées à l’IA, selon The Guardian. Les révélations concernant le plagiat sont ensuite venues modifier le contexte dans lequel le jury examinait le dossier.

Thélyson Orélien nie avoir utilisé l’IA

Thélyson Orélien, âgé de 38 ans, nie avoir utilisé une intelligence artificielle pour écrire son roman. Il estime que les analyses produisant des résultats compatibles avec un texte généré par IA ne prennent pas suffisamment en compte les caractéristiques de son écriture. L’auteur affirme notamment que le rythme, les répétitions et certaines constructions de son texte sont liés aux traditions linguistiques haïtiennes et caribéennes.

En revanche, il n’a pas répondu aux accusations de plagiat rapportées dans la presse au moment des déclarations citées.

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Le roman raconte le parcours d’un migrant haïtien traversant l’Amérique latine avant d’atteindre le Canada. Publié en France par Grasset en août, il aurait déjà été vendu à environ 35 000 exemplaires, tandis que ses droits de traduction auraient été acquis dans plus de 20 pays.

Son éditeur canadien, Éditions du Boréal, a indiqué au Guardian ne pas être en mesure de confirmer ou d’infirmer les accusations. La maison d’édition s’est néanmoins dite préoccupée par les accusations de plagiat et a condamné les messages haineux et attaques personnelles visant l’auteur.

Un nouveau test pour l’édition à l’ère de l’IA

Cette affaire dépasse désormais le seul cas de Thélyson Orélien. Elle pose une question qui devient de plus en plus difficile pour l’édition : comment déterminer avec suffisamment de certitude si un texte a été écrit par un humain, généré par une IA ou produit avec une combinaison des deux ?

Les détecteurs automatisés peuvent fournir des indices, mais leurs résultats restent susceptibles de varier selon les outils et les textes analysés. À l’inverse, les accusations de plagiat peuvent être examinées à partir de correspondances précises entre des textes existants, ce qui constitue une problématique différente.

L’affaire intervient alors que l’industrie culturelle cherche encore ses règles face à l’IA générative. Anthropic a récemment conclu un accord avec des auteurs concernant l’utilisation d’œuvres protégées, tandis que la musique et le cinéma sont eux aussi confrontés à la progression des contenus générés par IA.

Pour le Prix Goncourt, la décision est désormais actée : C’était ça ou mourir ne figurera pas dans la prochaine sélection. Reste à savoir comment les différentes accusations seront établies ou contestées, et quelles conséquences cette affaire aura pour l’auteur, son éditeur et le débat plus large sur l’utilisation de l’IA dans la création littéraire.

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