Après plusieurs mois de teasing, Google passe à l’étape supérieure avec ses Googlebooks. Les premiers ordinateurs portables reposant sur sa nouvelle plateforme Android sont désormais disponibles en précommande chez Acer, Asus, Dell, HP et Lenovo, avec des configurations résolument premium et un prix de départ fixé à 899 dollars.
L’objectif est clair : il ne s’agit pas de remplacer les Chromebooks abordables, mais de construire une véritable alternative aux PC Windows et, dans une certaine mesure, au MacBook Air. Pour y parvenir, Google mise sur Gemini, une intégration profonde avec les smartphones Android et une gamme matérielle beaucoup plus diversifiée que celle proposée par Apple.
Googlebook : cinq constructeurs et un socle matériel résolument premium
Google impose un niveau d’équipement relativement élevé à cette première vague de Googlebooks. Tous les modèles annoncés disposent d’au moins 16 Go de RAM, 256 Go de stockage, un écran tactile et jusqu’à 14 heures d’autonomie.

Les machines utilisent des plateformes Intel ou Qualcomm adaptées aux traitements d’intelligence artificielle et privilégient des matériaux comme l’aluminium ou la fibre de carbone. Les claviers et pavés tactiles ont également été conçus pour exploiter les particularités de la nouvelle plateforme.
Un élément visuel permet d’ailleurs d’identifier immédiatement ces ordinateurs : la Glowbar. Cette bande lumineuse intégrée au châssis peut notamment afficher l’état de la batterie et signaler certaines interactions avec Gemini, reprenant une philosophie proche de l’indicateur HiLight introduit sur les derniers Pixel.
Google cherche ainsi à donner une identité matérielle commune à des ordinateurs pourtant conçus par cinq constructeurs différents. La stratégie rappelle davantage l’écosystème Windows que celui d’Apple : Google contrôle la plateforme et certaines caractéristiques fondamentales, tandis que ses partenaires conservent une grande liberté dans le format et le positionnement des machines.
La commercialisation commencera le 4 octobre aux États-Unis, puis le 5 octobre au Canada, au Royaume-Uni, en Irlande, en France, en Allemagne et en Australie. Google promet par ailleurs jusqu’à dix années de mises à jour du système, un engagement particulièrement important pour une plateforme qui doit encore convaincre les acheteurs qu’elle peut constituer une alternative durable à Windows et macOS.
Acer ouvre la gamme à 1 199 €, Dell et HP choisissent Snapdragon
L’un des modèles le plus accessible sera le Acer Googlebook 14, proposé à partir de 1 199 euros. Il est également le seul convertible 2-en-1 de cette première génération. Acer l’équipe d’un écran OLED tactile de 14 pouces en définition 2,8K et d’un processeur Intel Core Ultra Series 3 pouvant monter jusqu’au Core Ultra 7 355. La configuration de base associe 16 Go de RAM à 256 Go de stockage, tandis que les versions supérieures pourront atteindre 32 Go de mémoire vive et 512 Go de stockage.

Le Asus Googlebook 14, vendu à partir de 1 399 euros, adopte une formule plus traditionnelle. Il propose une dalle OLED 3K de 14 pouces, toujours associée aux Core Ultra Series 3, dans un châssis particulièrement léger d’environ 1 kg.

Lenovo privilégie au contraire la surface d’affichage. Son Googlebook 15 dispose d’une dalle OLED tactile 2,8K de 15,3 pouces tout en maintenant son poids autour de 1,27 kg. Là encore, la plateforme repose sur la nouvelle génération de processeurs Intel Core Ultra. Son prix est de 1 349 euros.

Dell et HP prennent une autre direction en choisissant Qualcomm
Le Dell XPS Googlebook, à partir de 1 199 dollars, ressemble à une déclinaison Android du XPS 13. Il combine un Snapdragon X Elite, un écran tactile 2,5K d’environ 13 pouces et au minimum 512 Go de stockage, le tout dans un châssis d’environ 1,13 kg.
Le HP Googlebook 14 démarre pour sa part à 1 099 euros. Il utilise également le Snapdragon X Elite, mais avec une dalle OLED 2,8K de 14 pouces et 256 Go de stockage dans sa configuration de base.

Cette diversité constitue déjà l’un des avantages de l’approche de Google. Là où Apple décline ses Mac autour d’un nombre limité de formats entièrement contrôlés en interne, l’écosystème Googlebook peut proposer convertibles, ultraportables, grandes diagonales et architectures ARM ou x86 sous une même plateforme.
Gemini devient une fonction centrale du PC
Le matériel n’est cependant qu’une partie de la proposition. Google veut surtout différencier ses nouveaux ordinateurs par l’intelligence artificielle. Tous les Googlebooks prennent en charge Gemini Intelligence, avec des fonctions capables d’intervenir directement dans les tâches quotidiennes. Google évoque par exemple la possibilité de demander à Gemini d’organiser un calendrier ou d’effectuer certaines actions à partir d’une instruction naturelle.
Le système reprend également Rambler, la fonction de dictée et de transformation des idées en texte introduite dans l’écosystème Pixel, ainsi qu’un outil expérimental permettant de créer des widgets à l’aide de l’IA.

Google fournit en parallèle un ensemble d’abonnements destinés à accélérer l’adoption de sa plateforme. Chaque Googlebook inclut un an de Google AI Pro avec 5 To de stockage cloud, ainsi qu’une année de GeForce Now et trois mois de YouTube Premium et Adobe Photoshop.
Cette stratégie montre bien le positionnement recherché. Google ne veut pas simplement installer Android sur un écran plus grand : il tente de construire un environnement où le cloud, Gemini et les différents appareils Android fonctionnent comme les différentes composantes d’un même système.
L’IA devient ainsi moins une application supplémentaire qu’une couche présente dans l’ensemble du PC.
Continue On veut devenir le pendant Android de Continuity chez Apple
L’autre pilier des Googlebooks est la relation avec le smartphone. Avec Continue On, Google veut rapprocher Android de la continuité proposée depuis longtemps entre l’iPhone, l’iPad et le Mac. Messages, mots de passe et différentes informations peuvent être synchronisés entre les appareils, tandis qu’une activité commencée sur un smartphone peut être poursuivie sur le Googlebook.
Un utilisateur pourrait par exemple commencer un projet dans une application créative sur son téléphone avant de le reprendre sur l’écran de son ordinateur. Les fichiers du smartphone peuvent également être parcourus depuis le Googlebook et certaines applications mobiles peuvent être diffusées sur le PC lorsque nécessaire.

C’est probablement ici que se trouve la véritable justification de la plateforme. Un Chromebook pouvait déjà fonctionner efficacement avec les services Google, mais son identité restait historiquement liée au Web. Le Googlebook cherche au contraire à faire de l’écosystème Android tout entier le point de départ de l’expérience informatique.
Google dispose pour cela d’un avantage considérable : Android équipe déjà une immense variété de smartphones, tablettes, montres et autres appareils. Le défi consiste maintenant à transformer cette présence en continuité suffisamment transparente pour que l’utilisateur ait intérêt à choisir également un ordinateur basé sur cette plateforme.
En d’autres termes, Google cherche enfin à construire autour d’Android ce qu’Apple a réussi à faire autour de l’iPhone et du Mac : un écosystème où la valeur d’un appareil augmente lorsqu’il est utilisé avec les autres.
Les applications restent le principal point d’interrogation
La difficulté est que le marché des ordinateurs ne se résume pas au matériel et à la synchronisation avec un smartphone. Google met en avant l’arrivée d’applications importantes comme Adobe Photoshop et Lightroom. La plateforme propose également un terminal capable notamment d’exécuter des outils et modèles d’IA, ainsi qu’Antigravity pour les usages de développement liés aux agents.
Le gaming constitue un autre chantier. Google annonce des milliers de jeux Android compatibles et affirme que la moitié des 100 jeux les plus populaires prennent déjà en charge les Googlebooks.

Mais Windows et macOS disposent de décennies d’avance en matière de logiciels professionnels. Pour le jeu PC en particulier, Windows reste associé à un catalogue natif que Google ne peut pas reproduire immédiatement. La présence d’un abonnement GeForce Now offert pendant un an est révélatrice. Le cloud gaming permet aux Googlebooks d’accéder à des jeux AAA sans attendre leur portage natif, mais il ne remplace pas complètement une bibliothèque locale Steam ou les autres écosystèmes installés sur PC.
Le même problème se pose pour les logiciels spécialisés. Un utilisateur dont le travail repose principalement sur un navigateur, les services Google et quelques applications majeures pourrait rencontrer relativement peu de difficultés. Pour les métiers dépendant d’un logiciel professionnel spécifique, la vérification de la compatibilité restera indispensable.

C’est peut-être le principal risque de cette première génération : Google et ses partenaires proposent déjà des machines capables de rivaliser matériellement avec des PC premium, mais toute cette puissance n’a de valeur que si les logiciels savent réellement l’exploiter.
Google ne remplace pas le Chromebook, il ouvre un nouveau front face à Windows et au Mac
Le positionnement tarifaire élimine finalement toute ambiguïté. Avec des prix compris entre 1 099 euros et plus de 1 300 euros selon les configurations, les Googlebooks ne cherchent pas à prolonger simplement le concept du Chromebook. Ils entrent directement dans une catégorie où les acheteurs peuvent également choisir un ultraportable Windows premium ou un MacBook.

Google doit donc convaincre sur autre chose que le prix. Sa réponse repose sur trois éléments : une intégration très profonde avec Android, Gemini au centre de l’expérience et une diversité matérielle permise par les partenaires. Le constructeur peut ainsi proposer quelque chose qui ressemble conceptuellement à un « Mac pour Android », mais sans reproduire le modèle fermé d’Apple.
Cette approche possède un potentiel évident. Des centaines de millions d’utilisateurs vivent déjà quotidiennement dans l’écosystème Google sur leur smartphone, mais retrouvent Windows ou macOS lorsqu’ils ouvrent leur ordinateur. Le Googlebook tente précisément de supprimer cette rupture.
La réussite dépendra toutefois moins des écrans OLED ou des processeurs Core Ultra et Snapdragon que de la capacité de Google à attirer rapidement les développeurs. Windows conserve son immense catalogue, macOS bénéficie d’un écosystème professionnel mature et les deux plateformes disposent d’habitudes profondément installées.
Avec les Googlebooks, Google possède enfin le matériel capable de porter Android dans le PC premium. Reste maintenant la partie la plus difficile : prouver qu’un excellent ordinateur Android peut devenir autre chose qu’un excellent ordinateur auquel il manque encore certaines applications.