Telegram, messagerie autrefois appréciée pour sa politique de confidentialité permissive, vient d’annoncer un changement majeur.
Suite à l’arrestation de son PDG, Pavel Durov, en France, Telegram annonce des changements majeurs dans sa politique de modération. La plateforme de messagerie, jusqu’ici réputée pour son approche laxiste en matière de contrôle des contenus, se dit désormais prête à coopérer davantage avec les gouvernements en leur fournissant des données en réponse à des demandes légales valides.
En effet, la plateforme pourrait désormais transmettre le numéro de téléphone et l’adresse IP de ses utilisateurs aux autorités compétentes.
Un revirement stratégique forcé pour Telegram ?
Durov justifie ce revirement par la nécessité de « dissuader les criminels d’abuser » de la fonction de recherche de l’application, utilisée pour vendre des biens illégaux. Il précise que seuls les utilisateurs enfreignant les règles de Telegram verront leurs données personnelles divulguées aux autorités, après une analyse juridique de la demande.
L’arrestation de Durov, accusé d’avoir contribué à la diffusion de contenus illégaux sur Telegram, a mis en lumière les failles du modèle de modération de la plateforme. En réponse à ces accusations, Telegram a introduit la possibilité pour les utilisateurs de signaler les contenus illégaux. Un changement de cap notable pour une entreprise qui s’était toujours opposée à toute forme de modération.
L’absence de chiffrement de bout en bout (E2EE) par défaut sur Telegram fragilise sa position. Contrairement à des messageries comme SignalSignal est une application de messagerie chiffrée de bout en bout, développée par une fondation à but non lucratif, considérée comme la référence en matière de confidentialité. Lire la fiche, WhatsAppWhatsApp est l'application de messagerie de Meta, chiffrée de bout en bout par défaut, utilisée par plus de 2 milliards de personnes dans le monde. Lire la fiche ou iMessageiMessage est le service de messagerie propriétaire d'Apple, intégré à l'app Messages sur iPhone, iPad et Mac, reconnaissable à ses bulles bleues et son chiffrement de bout en bout entre appareils Apple. Lire la fiche, qui ne peuvent techniquement pas accéder au contenu des messages, Telegram peut consulter les conversations où l’E2EE n’a pas été activé manuellement. Cet argument, souvent utilisé pour justifier son manque de modération, ne tient plus.
Des concessions pour apaiser les tensions
Telegram tente manifestement de faire des concessions pour apaiser les autorités françaises et d’autres juridictions. Reste à voir quel impact ces actions auront sur le cas de Durov. Si l’objectif de la France était de faire changer Telegram, un accord pourrait être trouvé suite à ces concessions.
En revanche, si la France cherche à faire un exemple de Durov et à envoyer un message aux autres plateformes de messagerie, ces concessions pourraient se retourner contre Telegram, en prouvant que l’entreprise avait toujours la capacité de répondre aux demandes des gouvernements.
Un impact sur la confiance des utilisateurs
Quelle que soit l’issue de l’affaire Durov, il est certain que cette nouvelle position de Telegram ne plaira pas à une partie de ses utilisateurs. L’Ukraine, par exemple, a récemment interdit Telegram sur les appareils officiels par crainte que les services de renseignement russes aient accès aux conversations.
Avec l’annonce de sa coopération avec les demandes de données gouvernementales, Telegram perdra sans doute de son attrait pour les activistes, les dissidents, les journalistes et autres utilisateurs soucieux de leur vie privée.
Comme l’ont déjà souligné de nombreux experts en sécurité, les utilisateurs ayant réellement besoin de protéger leur confidentialité feraient mieux d’utiliser une alternative plus sécurisée, telle que Signal, WhatsApp ou iMessage.
Un équilibre délicat à trouver
Telegram cherche à trouver un équilibre entre la protection de ses utilisateurs et la lutte contre les activités illégales. Reste à voir si ces nouvelles mesures suffiront à apaiser les inquiétudes des autorités et à préserver la confiance de ses utilisateurs.