MediaTek franchit officiellement le cap des 2 nm avec le Dimensity 9600 Pro, son nouveau SoC mobile haut de gamme fabriqué par TSMC. Avec plus de 33 milliards de transistors, une architecture CPU entièrement composée de gros cœurs ARM C2, de la mémoire LPDDR6 et un nouveau double NPU, la puce veut progresser simultanément sur les performances, l’efficacité énergétique et l’intelligence artificielle locale.
La finesse de gravure constitue évidemment l’un des arguments majeurs de cette génération, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire. MediaTek renouvelle pratiquement toutes les briques de sa plateforme, du CPU au GPU en passant par le stockage et l’ISP, avec une priorité particulièrement claire : préparer les smartphones à exécuter des modèles d’IA toujours plus imposants sans dépendre systématiquement du cloud.
Le Dimensity 9600 Pro passe officiellement aux 2 nm
Le Dimensity 9600 Pro est fabriqué avec le procédé 2 nm de TSMC, contre 3 nm pour la génération précédente. MediaTek annonce que ce changement permet à lui seul d’obtenir jusqu’à 14 % de performances supplémentaires tout en réduisant la consommation de 23 % au niveau de la puce.
Ces gains doivent naturellement être considérés comme des chiffres constructeur, obtenus dans des conditions contrôlées. Ils donnent néanmoins une idée de l’intérêt du changement de procédé, notamment dans un smartphone où quelques watts supplémentaires peuvent rapidement se transformer en chaleur difficile à dissiper.
MediaTek profite surtout de cette transition pour adopter une quatrième génération de son architecture « all-big-core ». Le Dimensity 9600 Pro abandonne toujours l’approche traditionnelle combinant gros et petits cœurs CPU pour s’appuyer sur huit cœurs ARM de nouvelle génération.
La configuration repose sur deux C2-Ultra à 4,55 GHz, chacun accompagné de 2 Mo de cache L2, ainsi que trois C2 Pro à 4,35 GHz avec 1 Mo de L2. Trois autres C2 Pro fonctionnent à 3,10 GHz et disposent chacun de 512 Ko de cache L2.
Avec 16 Mo de cache L3, MediaTek annonce un total de 34,5 Mo de cache sur l’ensemble de la puce. La quantité de L2 progresse de 21 % par rapport au Dimensity 9500, ce qui doit notamment réduire les accès à la mémoire lorsque plusieurs cœurs travaillent simultanément sous forte charge.

Jusqu’à 17 % de performances CPU supplémentaires
Les premières données communiquées par MediaTek montrent une progression assez nette par rapport au Dimensity 9500. Le constructeur revendique 17 % de performances supplémentaires en monocoeur et 15 % en multicoeurs. Sur Geekbench 6.4, le Dimensity 9600 Pro atteindrait ainsi 4 276 points sur un cœur et 12 650 points avec l’ensemble du CPU.
À titre de comparaison, MediaTek indique que le Dimensity 9500 obtenait respectivement 3 666 et 11 014 points dans les mêmes tests. Ces résultats correspondent donc assez précisément aux gains générationnels annoncés par le constructeur, même s’il faudra attendre les premiers smartphones commerciaux pour mesurer les performances dans des conditions indépendantes.
L’amélioration la plus intéressante concerne probablement la consommation. Les deux cœurs C2-Ultra utiliseraient 37 % d’énergie en moins, tandis que la consommation en multi-core pourrait diminuer jusqu’à 61 % à performances maximales équivalentes.
Ce dernier chiffre est particulièrement important pour les smartphones. Atteindre un score élevé pendant quelques secondes est relativement facile pour un SoC moderne ; conserver ce niveau de performances sans provoquer de chauffe excessive ou de throttling reste beaucoup plus difficile.
Le véritable test du Dimensity 9600 Pro sera donc moins son score Geekbench maximal que sa capacité à maintenir ses performances dans un châssis fin pendant plusieurs minutes.
LPDDR6 et UFS 5.0 préparent une nouvelle génération de smartphones
MediaTek ne s’est pas limité au processeur. Le Dimensity 9600 Pro devient également la première puce mobile à prendre en charge la mémoire LPDDR6 et le stockage UFS 5.0, deux évolutions qui devraient progressivement apparaître sur les smartphones premium.
Selon MediaTek, la LPDDR6 offre jusqu’à 33 % de performances supplémentaires par rapport à la LPDDR5X. Cette augmentation de bande passante devient particulièrement pertinente avec la montée des modèles d’IA locaux, qui doivent déplacer rapidement d’importantes quantités de données entre la mémoire et les unités de calcul.
L’UFS 5.0 promet de son côté de doubler les vitesses séquentielles en lecture et en écriture par rapport à une configuration UFS 4.0 double canal.
Dans les usages classiques, la différence ne sera pas nécessairement spectaculaire à chaque ouverture d’application. Elle pourrait en revanche devenir beaucoup plus visible lors du traitement de fichiers volumineux, de l’enregistrement vidéo à très haut débit ou du chargement de modèles d’intelligence artificielle.
Cette évolution montre surtout que les performances d’un smartphone ne dépendent plus uniquement du CPU. MediaTek cherche désormais à augmenter la vitesse de l’ensemble du chemin parcouru par les données.
Un nouveau GPU G2-Ultra NX et de la vidéo 4K à 240 images/s
La partie graphique évolue également avec le G2-Ultra NX. MediaTek annonce une hausse de 27 % des performances maximales par rapport à la génération précédente, tout en réduisant la consommation de 24 % à niveau de performances équivalent. Le ray tracing progresserait de son côté de 18 %.
La plateforme est capable de gérer des jeux atteignant jusqu’à 185 images par seconde, même si cette possibilité dépendra évidemment des écrans utilisés et surtout de la prise en charge effective de telles fréquences par les jeux Android.
L’évolution du GPU accompagne une tendance déjà visible sur les flagships gaming : les dalles à 165 Hz et plus deviennent progressivement courantes, poussant les fabricants de SoC à augmenter leurs performances tout en essayant de contenir la consommation.
La photographie et la vidéo reposent quant à elles sur le nouvel ISP Imagiq 1290. Celui-ci peut notamment gérer l’enregistrement en 4K jusqu’à 240 images par seconde, ouvrant la voie à des ralentis en très haute définition.
MediaTek ajoute également un décodage matériel H.266. Le constructeur annonce une consommation inférieure de 23 % par rapport à un décodage effectué uniquement par logiciel, un gain qui pourrait devenir intéressant à mesure que ce codec se diffuse.
Deux NPU pour faire tourner des modèles de 30 milliards de paramètres
Cependant, l’intelligence artificielle constitue le cœur de la nouvelle architecture. Le Dimensity 9600 Pro embarque deux unités distinctes : un NPU 1090 de dixième génération destiné aux traitements les plus exigeants et un NPU basse consommation de deuxième génération conçu pour les tâches permanentes et les fonctions de détection exécutées en arrière-plan.
Cette séparation permet théoriquement d’éviter de solliciter la partie la plus puissante de la puce pour des opérations simples et continues. MediaTek annonce ainsi une réduction de 40 % de la consommation du NPU basse consommation.
Le NPU 1090 améliore de son côté les performances de prefill de 51 %. Cette étape correspond au traitement initial du contexte avant qu’un modèle génératif commence à produire sa réponse et joue un rôle important dans la sensation de réactivité d’un assistant local.
Le Generative AI Engine 3.0 double également les performances de calcul INT4. MediaTek affirme que le Dimensity 9600 Pro peut ainsi exécuter localement des modèles Mixture-of-Experts pouvant atteindre 30 milliards de paramètres.
La formulation est importante : un modèle MoE n’active généralement qu’une partie de ses paramètres pour chaque requête. La capacité à accueillir un modèle de 30 milliards de paramètres ne signifie donc pas que les 30 milliards sont calculés simultanément à chaque token, ni que tous les smartphones équipés du SoC disposeront nécessairement de suffisamment de mémoire pour exploiter les mêmes modèles.
Cela montre néanmoins à quel point l’IA locale est devenue un critère de conception central des puces mobiles.
MediaTek ne conçoit plus seulement un SoC, mais un système pour l’IA locale
Pour coordonner l’ensemble, MediaTek introduit sa Tianji Intelligent Computing Fusion Architecture. Cette couche doit gérer conjointement les ressources du CPU, du NPU et de la mémoire afin qu’un modèle d’IA puisse fonctionner en parallèle d’applications traditionnelles sans monopoliser les ressources disponibles. MediaTek affirme que cette orchestration permet de maintenir le débit tout en limitant la consommation.
C’est probablement là que se trouve l’évolution stratégique la plus importante du Dimensity 9600 Pro.
Les générations précédentes pouvaient encore être évaluées principalement sur leurs performances CPU et GPU. Avec l’arrivée d’agents capables d’analyser l’écran, de comprendre des documents, de manipuler plusieurs applications ou de traiter continuellement des données personnelles, l’équilibre entre mémoire, NPU, CPU et consommation devient tout aussi déterminant.
La gravure en 2 nm fournit à MediaTek davantage de marge pour construire cette architecture, mais elle n’est plus une finalité en elle-même. LPDDR6, UFS 5.0, double NPU et gestion unifiée des ressources montrent que la prochaine bataille des puces mobiles portera autant sur la capacité à maintenir une IA active en permanence que sur quelques centaines de points supplémentaires dans les benchmarks.
Avec le Dimensity 9600 Pro, MediaTek franchit donc le cap symbolique des 2 nm, mais son pari le plus important se trouve ailleurs : faire du smartphone une machine capable d’exécuter des agents et de grands modèles directement dans la poche, sans transformer chaque requête en aller-retour vers le cloud.