Les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle sont devenus une source de tensions aux États-Unis. Leur consommation électrique, leurs besoins en ressources locales et leur impact environnemental alimentent une opposition qui dépasse les clivages politiques. Face à cette contestation, OpenAI semble vouloir faire évoluer son discours en privilégiant une nouvelle expression : les « compute campuses », que l’on peut traduire par « campus de calcul ».
L’appellation est apparue lundi dans une annonce consacrée au lancement du programme « Grid Protectors ». Cette initiative doit répondre aux inquiétudes concernant la pression exercée par les infrastructures d’OpenAI sur les réseaux électriques locaux, notamment pendant les épisodes météorologiques extrêmes et les situations d’urgence. Un premier projet est prévu dans le comté d’Effingham, en Géorgie.
« Compute campus » : un nouveau vocabulaire pour les centres de données
Le choix des mots n’est pas passé inaperçu. Dans son annonce d’environ 900 mots, OpenAI utilise seulement deux fois l’expression « data center », contre de nombreuses occurrences de « compute campus ». L’entreprise présente notamment ses nouvelles installations comme différentes des centres de données construits quelques années auparavant, en mettant en avant leur capacité à adapter leur demande énergétique.
Le changement de terminologie semble récent. Une recherche sur le site d’OpenAI n’aurait pas permis de retrouver d’utilisation antérieure de cette expression. The Verge relève également que cette évolution intervient alors qu’Axios avait rapporté, lundi, qu’OpenAI envisageait de rebaptiser ses centres de données en « AI compute campuses » dans le cadre d’une stratégie de communication et d’influence politique.
Selon ces informations, l’entreprise anticiperait un environnement réglementaire potentiellement plus hostile après les élections américaines de mi-mandat. Le changement de vocabulaire aurait donc une dimension politique autant que marketing.
OpenAI promet de prendre en charge les coûts énergétiques
Au-delà de cette nouvelle appellation, OpenAI cherche à répondre à une préoccupation très concrète : les conséquences de ses infrastructures sur les factures d’électricité des habitants. Dans le cadre du programme Grid Protectors, l’entreprise promet de « payer les coûts que nous créons » et d’aider les communautés locales à conserver leur alimentation électrique.
La question est particulièrement sensible aux États-Unis, où le développement rapide des centres de données peut nécessiter d’importants investissements dans les réseaux et les capacités de production. Les habitants craignent notamment que les coûts de ces infrastructures soient indirectement répercutés sur leurs factures, alors que les bénéfices économiques de l’IA ne sont pas nécessairement partagés de manière équivalente.
OpenAI affirme que ses nouveaux campus disposent de capacités permettant de moduler leur demande électrique. L’entreprise ne détaille toutefois pas précisément, dans l’annonce citée par The Verge, les mécanismes qui permettraient de réduire leur consommation lors des périodes de tension sur le réseau.
Les associations environnementales dénoncent un changement cosmétique
La nouvelle terminologie ne convainc pas les organisations opposées à l’expansion des infrastructures d’IA. Pour leurs représentants, changer le nom des installations ne réduit ni leur consommation d’énergie, ni leurs besoins en eau, ni leurs conséquences pour les populations voisines.
Holly Elmore, fondatrice et directrice exécutive de PauseAI US, estime que cette stratégie répond à l’impopularité croissante des centres de données sans traiter les causes de cette opposition. Elle considère que les communautés concernées ne seront pas convaincues par un simple changement de vocabulaire, alors que leurs inquiétudes portent sur des projets de construction très importants et leurs conséquences locales.
Abre’ Conner, directrice du Center for Environmental and Climate Justice de la NAACP, partage cette analyse. Elle considère que présenter le problème comme une question de communication revient à détourner l’attention des dommages environnementaux et sanitaires potentiels. Selon elle, les entreprises devraient davantage se concentrer sur leurs pratiques, la transparence et les conséquences de leurs infrastructures.
Ces critiques mettent en évidence un décalage entre les engagements de communication des entreprises technologiques et les attentes des communautés qui accueillent leurs installations. Pour les associations, les engagements doivent se traduire par des mesures concrètes et vérifiables.
Anthropic a déjà pris des engagements auprès des communautés locales
OpenAI n’est pas la seule entreprise d’IA confrontée à ces critiques. Son concurrent Anthropic a notamment promis de financer intégralement les améliorations nécessaires au raccordement de ses centres de données aux réseaux électriques, y compris les coûts qui pourraient autrement être supportés par les consommateurs.
L’entreprise s’est également engagée à investir plusieurs milliards de dollars dans des projets communautaires définis avec les responsables locaux, à protéger les ressources en eau et à ne pas demander aux élus de signer des accords de confidentialité (NDA). Ces engagements concernent aussi bien les infrastructures détenues directement par Anthropic que celles qu’elle loue.
La question des installations louées est importante : elles représentent actuellement une grande partie de son infrastructure. Toutefois, les documents déposés par Anthropic dans le cadre de sa préparation à une introduction en Bourse indiqueraient une volonté de développer plus agressivement ses propres capacités, dont certaines pourraient s’appuyer sur le gaz.
Le véritable défi reste l’impact des infrastructures d’IA
Le débat autour des « compute campuses » illustre les difficultés auxquelles se heurte l’expansion de l’intelligence artificielle. Les entreprises doivent construire toujours plus de capacités de calcul pour répondre à la demande, mais ces infrastructures mobilisent des ressources énergétiques et matérielles considérables. Leur implantation devient ainsi un enjeu économique, environnemental et politique pour les territoires concernés.
Le programme Grid Protectors constitue une tentative d’OpenAI pour répondre à une partie de ces préoccupations. Mais la nouvelle appellation ne suffira pas, à elle seule, à convaincre les opposants. La crédibilité de l’initiative dépendra surtout de la transparence des engagements, de leur mise en œuvre et de la capacité de l’entreprise à démontrer que ses installations ne font pas peser leurs coûts sur les habitants.
OpenAI n’a pas répondu aux questions de The Verge concernant les raisons de ce changement de terminologie et son éventuelle volonté de prendre ses distances avec l’image controversée des centres de données. Le débat reste donc ouvert : les communautés locales attendent moins une nouvelle façon de nommer ces infrastructures que des garanties concrètes sur leurs conséquences.