Microsoft vient de dévoiler le Surface Laptop Ultra, son premier ordinateur portable équipé d’une puce Nvidia. Facturé 2 899 euros, le nouveau modèle mise avant tout sur l’exécution locale de l’intelligence artificielle, avec une promesse particulièrement ambitieuse : des réponses aux prompts IA deux fois plus rapides que sur un MacBook Pro équipé de la puce M5.
Le problème est que Microsoft n’a publié aucune méthodologie permettant de vérifier cette comparaison. Même constat pour une autre affirmation présentée lors de l’événement : le Surface Laptop Ultra serait capable de générer des vidéos six fois plus rapidement qu’un MacBook Pro M5.
2 899 euros pour le premier Surface Nvidia
Le Surface Laptop Ultra est désormais disponible en précommande à partir de 2 899 euros. Microsoft propose jusqu’à 20 cœurs Nvidia Grace, 128 Go de mémoire unifiée et 2 To de stockage.
Le prix est finalement inférieur à certaines estimations qui circulaient avant l’annonce, dans un contexte particulièrement difficile pour les fabricants de PC. La hausse du coût de la mémoire pousse en effet les prix du matériel à la hausse, tandis que Nvidia a récemment augmenté fortement le prix de son DGX Spark.
À titre de comparaison, Microsoft positionne son nouveau portable environ 400 dollars sous un MacBook Pro 16 pouces, selon les éléments fournis avec l’annonce.
Deux fois plus rapide que le MacBook Pro M5… selon Microsoft
Toutefois, c’est la partie logicielle qui constitue le principal argument de Microsoft. Sur scène à San Francisco, les dirigeants de l’entreprise ont affirmé que le Surface Laptop Ultra pouvait retourner les résultats de modèles d’IA exécutés localement deux fois plus rapidement qu’un MacBook Pro M5.
Microsoft affirme également que son ordinateur génère des vidéos jusqu’à six fois plus rapidement.

Ces chiffres sont spectaculaires, mais ils doivent être pris avec précaution. Microsoft n’a publié ni les modèles d’IA utilisés, ni les prompts, ni les paramètres d’exécution, ni les versions logicielles, ni les conditions matérielles précises permettant de reproduire les résultats.
La page produit du Surface Laptop Ultra ne fournit pas davantage de protocoles de benchmark pour ces comparaisons. La seule mesure accompagnée d’une méthodologie détaillée concerne l’écran : sa luminosité maximale de 2 000 nits est mesurée sur une fenêtre de 10 % avec du contenu HDR.
Autrement dit, le « deux fois plus rapide » reste pour l’instant une promesse constructeur plutôt qu’un résultat de benchmark indépendant.
RTX Spark : Nvidia entre directement dans le PC portable
La véritable nouveauté se trouve cependant à l’intérieur de la machine. Le Surface Laptop Ultra utilise la plateforme RTX Spark, qui associe un GPU Nvidia basé sur l’architecture Blackwell à un processeur Grace. Nvidia annonce jusqu’à 1 pétaflop de puissance de calcul IA.

Dell, HP, Lenovo, Asus et MSI préparent également des machines utilisant cette plateforme. Nvidia tente ainsi de s’installer sur un marché des ordinateurs portables historiquement dominé par Intel et AMD, en proposant une architecture particulièrement orientée vers les charges de travail liées à l’intelligence artificielle.
Cette approche rapproche surtout les PC portables des stations de travail spécialisées dans l’IA, avec une partie importante du calcul réalisée directement sur la machine plutôt que dans le cloud.
Un processeur Arm au cœur d’un PC Nvidia
Il y a également une particularité importante derrière cette plateforme : le processeur Grace repose sur l’architecture Arm. Nvidia utilise donc l’architecture de l’entreprise britannique qu’elle avait tenté de racheter. En 2020, Nvidia avait annoncé son intention d’acquérir Arm pour environ 40 milliards de dollars. L’opération s’est finalement heurtée à l’opposition des autorités de la concurrence et a été abandonnée en 2022.
Le paradoxe est désormais assez frappant : Nvidia n’a pas pu acheter Arm, mais ses nouvelles machines RTX Spark reposent sur son architecture et nécessitent donc l’utilisation de licences Arm.
Le pari de l’IA locale arrive dans un marché compliqué
Microsoft défend une vision claire avec le Surface Laptop Ultra : faire tourner davantage d’intelligence artificielle directement sur l’ordinateur plutôt que de systématiquement envoyer les données vers un service cloud.
L’entreprise met en avant deux arguments principaux : le coût et la confidentialité. Une IA exécutée localement ne nécessite pas de payer un fournisseur cloud pour chaque requête et peut également éviter l’envoi de certaines données sensibles vers des serveurs distants.

Cette stratégie intervient toutefois alors que le marché du PC traverse une période compliquée. Les expéditions d’ordinateurs portables en Europe sont attendues en baisse, tandis que la hausse du prix de la mémoire augmente le coût des configurations.
Les entreprises peuvent également conserver leurs machines plus longtemps, ce qui ralentit mécaniquement le renouvellement du parc.
Un marché encore loin d’être gagné
Microsoft doit donc convaincre que le surcoût lié au matériel spécialisé est réellement justifié par les usages de l’IA. Le Surface Laptop Ultra arrive avec une configuration impressionnante et une architecture radicalement différente des Surface traditionnels. Mais le véritable enjeu sera de déterminer si les performances annoncées se vérifient dans des conditions indépendantes et sur des usages réels.
Le RTX Spark pourrait représenter un changement important pour le PC, en rapprochant les ordinateurs portables grand public des machines spécialisées dans l’IA. Pour l’instant, Microsoft demande toutefois aux utilisateurs de croire ses chiffres plutôt que de pouvoir les reproduire.