Apple n’a pas seulement attendu longtemps avant d’entrer sur le marché des smartphones pliables : l’entreprise affirme avoir attendu parce que les solutions existantes ne lui semblaient pas suffisamment convaincantes. Dans une interview accordée après la présentation de l’iPhone Duo, Greg Joswiak a expliqué que les produits concurrents n’étaient, selon lui, « pas particulièrement inspirants ».
La formule est évidemment provocatrice, surtout venant d’un acteur qui arrive plusieurs années après Samsung, Huawei et Google. Mais elle résume assez bien la manière dont Apple veut présenter le Duo : non pas comme un simple pliable de plus, mais comme une tentative de repenser les proportions, la prise en main et la continuité entre écran externe et écran interne.
Apple juge les premiers pliables trop proches de « deux téléphones collés ensemble »
Greg Joswiak, vétéran d’Apple et actuel vice-président senior du marketing, estime que le marché avait besoin d’une autre approche.
L’entreprise avait déjà insisté lors de la présentation du Duo sur un problème qu’elle attribue aux premiers smartphones pliables : leur construction donne parfois l’impression de juxtaposer deux appareils plutôt que de créer un objet véritablement cohérent. Apple affirme donc avoir cherché une architecture qui soit pensée dès le départ comme un produit différent, et pas simplement comme un grand écran pliant destiné à rentrer dans une poche.
C’est dans cette logique qu’arrive le format « passeport » du Duo, plus court et plus large que les Fold traditionnels. Fermé, il adopte des proportions moins verticales ; ouvert, son écran intérieur de 7,6 pouces se rapproche davantage d’une petite tablette compacte.
Ce choix est central dans le discours d’Apple. L’entreprise veut faire croire que la vraie innovation ne réside pas dans la charnière elle-même, mais dans la manière dont les deux états du produit s’enchaînent et se complètent.
Le format passeport est différent, mais il n’est pas totalement nouveau
C’est précisément là que le discours d’Apple mérite d’être nuancé. Le Duo ne reprend pas exactement le format des Galaxy Z Fold traditionnels, mais l’idée d’un smartphone pliable plus large et plus court n’est pas née avec lui. Huawei avait déjà exploré des proportions différentes avec le Pura X, tandis que Samsung et d’autres constructeurs ont progressivement élargi leurs propres pliables.
L’iPhone Duo participe donc davantage à une convergence qu’à une rupture absolue. Le marché semble d’ailleurs évoluer dans cette direction. Les pliables très étroits une fois fermés ont longtemps été critiqués pour leur ergonomie et leur écran externe trop comprimé. Les récentes générations cherchent au contraire à se rapprocher des proportions d’un smartphone classique, voire à aller au-delà avec des formats plus larges.
Apple arrive donc au moment où l’industrie a déjà identifié une partie des limites de ses premiers designs. Cela ne retire rien au travail d’intégration du Duo, mais cela rend l’affirmation selon laquelle la concurrence manquait d’inspiration un peu plus difficile à soutenir telle quelle.
L’écran nano-texturé est l’un des vrais points distinctifs du Duo
Là où Apple apporte une approche plus personnelle, c’est dans la gestion de l’écran pliable. L’iPhone Duo utilise une couche nano-texturée destinée à réduire les reflets et à rendre la pliure moins perceptible visuellement. Apple ne prétend pas avoir supprimé physiquement toute trace de pli, mais cherche à réduire ce qui la rend visible : les variations de lumière, les reflets et les différences de surface.
Cette approche est intéressante parce qu’elle contourne en partie un problème qui touche encore l’ensemble du marché. Au lieu de promettre une dalle mécaniquement parfaite, Apple travaille sur la perception. La marque associe cette couche à une nouvelle architecture d’écran multicouche et à des adhésifs capables de laisser les différentes strates se déplacer légèrement lorsque l’appareil se plie.
C’est typiquement le genre d’intégration où Apple peut se distinguer : non pas forcément en inventant une technologie totalement nouvelle, mais en combinant plusieurs solutions pour rendre un défaut existant moins perceptible dans l’usage quotidien.
Sept ans de retard donnent aussi un avantage considérable

Néanmoins, il reste difficile d’ignorer la chronologie. Samsung commercialise des Galaxy Fold depuis 2019. Huawei, OPPO, Honor, Google, Xiaomi et plusieurs autres fabricants ont ensuite multiplié les expérimentations autour des charnières, des écrans externes, de l’épaisseur, du poids ou encore des formats.
Apple arrive donc avec un avantage que ses concurrents n’avaient pas au début : plusieurs années de recul.
La firme a pu observer les problèmes de durabilité, les critiques autour des proportions, les compromis logiciels et les usages réellement adoptés par les consommateurs. Elle a aussi pu identifier les éléments qui comptent le plus dans une nouvelle génération de pliables : finesse, poids, confort fermé, gestion du multitâche et visibilité de la pliure.
Ce retard devient donc paradoxalement une force. Apple n’a pas eu besoin d’essuyer les premières erreurs du marché, puisqu’elles ont déjà été documentées par ses concurrents. L’iPhone Duo bénéficie directement de cette maturation collective.
C’est pourquoi la question de savoir s’il est réellement « plus inspiré » que les autres appareils importe peut-être moins que celle de savoir s’il transforme mieux ces années d’apprentissage en produit cohérent.
Le logiciel pourrait compter davantage que le design lui-même
Le véritable différenciateur du Duo pourrait finalement être iOS 27. Apple a adapté son système pour permettre l’utilisation de deux applications côte à côte, déplacer certains contrôles en fonction de l’état du téléphone et assurer une continuité visuelle entre écran externe et écran interne.
La marque a également travaillé sur des animations spécifiques lors de l’ouverture et de la fermeture, afin de donner l’impression que le contenu traverse physiquement l’appareil plutôt que de disparaître brutalement d’un écran pour réapparaître sur l’autre.
Ce type de détail paraît mineur sur une fiche technique, mais il joue un rôle important sur un pliable. Les smartphones de cette catégorie vivent en permanence dans la transition. Leur qualité dépend donc autant de la finesse du châssis que de la manière dont le système gère le passage d’un format à l’autre.
Sur ce terrain, Apple possède un avantage évident : elle contrôle à la fois le matériel et le logiciel.
Apple n’a peut-être pas inventé le format, mais elle peut encore le normaliser
Le discours de Greg Joswiak ressemble beaucoup à la communication traditionnelle d’Apple. La firme arrive rarement la première sur une catégorie, mais présente souvent son entrée comme le moment où le concept devient enfin suffisamment abouti pour mériter son attention. Cette posture a déjà été utilisée avec les montres connectées, les tablettes, certaines fonctions photo ou encore les écrans OLED.
Le Duo s’inscrit dans cette même logique. Il n’est ni le premier pliable, ni le premier smartphone large, ni le premier appareil à tenter de réduire visuellement une pliure. Mais Apple peut malgré tout changer la perception du marché en combinant ces éléments dans un produit bénéficiant de son écosystème, de sa distribution et de sa base d’utilisateurs.
Le succès du Duo ne dépendra donc pas de sa capacité à prouver que Samsung, Huawei ou Google « manquaient d’inspiration ». Il dépendra de quelque chose de beaucoup plus concret : savoir si son format, son logiciel et son niveau de finition rendent enfin le pliable suffisamment naturel pour des utilisateurs qui n’en voulaient pas jusqu’ici.
Apple arrive tard, et elle ne réécrit pas l’histoire du smartphone pliable. Mais si l’iPhone Duo parvient à imposer de nouvelles proportions et de nouveaux usages à grande échelle, la firme pourrait une nouvelle fois transformer une idée déjà existante en nouveau standard du marché.