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Huawei Ascend 960DT : lancement avancé à début 2027 pour défier Nvidia dans l’IA

Décryptage

Huawei Ascend 960DT : lancement avancé à début 2027 pour défier Nvidia dans l’IA

L'ESSENTIEL
  • L'arrivée de la puce Ascend 960DT avancée dès le premier trimestre 2027.
  • Le développement de l'architecture Peerium et d'UnifiedBus pour interconnecter des milliers de processeurs.
  • L'ambition de faire fonctionner jusqu'à un million de processeurs comme un seul ordinateur géant.
  • Une stratégie globale visant à bâtir une alternative souveraine aux infrastructures de Nvidia.
  • Une cadence de développement désormais annuelle pour s'adapter à l'explosion des besoins en IA.

Huawei accélère brutalement sa feuille de route dans l’intelligence artificielle. Lors de son Huawei Connect 2026, le groupe chinois a annoncé que son Ascend 960 DT sera disponible dès le premier trimestre 2027, soit trois trimestres plus tôt que prévu sur sa précédente feuille de route.

Mais, la stratégie de Huawei ne repose pas uniquement sur les performances d’une puce individuelle. Avec sa nouvelle architecture Peerium Computing, le constructeur veut connecter des centaines de milliers, puis jusqu’à un million de processeurs afin qu’ils puissent fonctionner comme une immense machine logique. Une approche destinée à compenser certaines contraintes technologiques tout en construisant une alternative chinoise aux infrastructures dominées par Nvidia.

Le Ascend 960 DT arrivera dès le premier trimestre 2027

David Wang, vice-président du conseil d’administration et président tournant de Huawei, a profité de Huawei Connect 2026 pour revoir sensiblement le calendrier des prochaines générations Ascend.

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L’Ascend 960 DT est désormais attendu au premier trimestre 2027. Huawei avait précédemment positionné la génération Ascend 960 beaucoup plus tard dans l’année, tandis que l’entreprise indique aujourd’hui que le développement a progressé plus rapidement que prévu. Une seconde déclinaison, l’Ascend 960PR, doit suivre au troisième trimestre 2027.

Huawei affirme que les performances de la génération Ascend 960 seront multipliées par 2 par rapport aux Ascend 950. Le constructeur promet également des gains importants concernant la bande passante mémoire, la capacité mémoire et les interconnexions entre accélérateurs.

Cette accélération ne devrait d’ailleurs pas être ponctuelle. Huawei veut désormais faire évoluer ses accélérateurs IA selon un rythme annuel, avec les Ascend 970 en 2028, puis les Ascend 980 en 2029.

Le groupe tente ainsi d’instaurer une cadence comparable à celle des grands fournisseurs de puces IA, dans un secteur où les besoins en calcul progressent extrêmement rapidement avec l’augmentation de la taille des modèles et des charges d’inférence.

Huawei ne cherche plus seulement à fabriquer une puce concurrente de Nvidia

Cependant, la partie la plus intéressante de la stratégie de Huawei se situe à une autre échelle. Plutôt que de concentrer toute sa réponse à Nvidia sur les performances individuelles de ses accélérateurs, Huawei développe une architecture permettant d’en faire fonctionner un très grand nombre comme une seule infrastructure de calcul.

Cette architecture porte le nom de Peerium Computing Architecture. Son élément central est UnifiedBus, une technologie d’interconnexion capable de relier processeurs, NPU, mémoire, SSD, cartes réseau et commutateurs autour d’un protocole commun.

Huawei veut notamment utiliser une mémoire adressable de manière unifiée et des interconnexions pair-à-pair afin de réduire les limites rencontrées lorsque des milliers de composants doivent travailler simultanément sur une même charge.

L’idée est fondamentale pour l’entraînement des grands modèles d’IA. Les performances ne dépendent plus uniquement du nombre d’opérations qu’un accélérateur peut effectuer chaque seconde. Elles reposent aussi sur la vitesse à laquelle les différents accélérateurs peuvent échanger leurs données et accéder à la mémoire.

À très grande échelle, les communications deviennent donc presque aussi importantes que les puces elles-mêmes.

Peerium veut faire fonctionner jusqu’à un million de processeurs comme une seule machine

Huawei présente Peerium comme une architecture capable d’atteindre l’échelle du million de processeurs. Le constructeur s’appuie notamment sur une organisation baptisée Nested BSP, pour Nested Bulk Synchronous Parallel, associée à l’adressage mémoire unifié et aux communications directes entre les différents éléments de l’infrastructure.

L’ambition consiste à réduire la distinction entre une immense grappe de serveurs et un seul ordinateur logique.

Les Atlas 950 SuperPoD et SuperCluster constituent les premières infrastructures basées sur cette architecture. Huawei indique qu’un Atlas 950 SuperCluster peut regrouper jusqu’à 256 000 cartes accélératrices et qu’une telle infrastructure est déjà en cours de déploiement. La génération Atlas 960 doit pousser le concept plus loin en utilisant les nouveaux accélérateurs Ascend.

Cette stratégie montre comment Huawei entend aborder la compétition avec Nvidia. L’entreprise ne cherche pas nécessairement à résoudre tous les problèmes uniquement au niveau du silicium : elle tente également d’utiliser les interconnexions, la mémoire, le stockage et l’architecture système pour améliorer les performances globales.

Autrement dit, le produit que Huawei veut réellement vendre n’est plus seulement une puce Ascend. C’est une infrastructure IA complète, du processeur jusqu’au cluster.

Le nouvel Atlas 960 soulève toutefois une question de taille

AI SoC

L’accélération du calendrier des Ascend 960 s’accompagne néanmoins d’une évolution intéressante concernant les ambitions de Huawei pour ses SuperPoD. En 2025, Huawei avait présenté une feuille de route dans laquelle l’Atlas 960 SuperPoD devait intégrer jusqu’à 15 488 puces Ascend 960. L’entreprise évoquait alors une infrastructure composée de 220 armoires et capable d’atteindre 30 EFLOPS en FP8 et 60 EFLOPS en FP4.

Les annonces de Huawei Connect 2026 font désormais apparaître une configuration différente autour de la génération 960, avec des systèmes évoqués à une échelle de 4 096 processeurs ou nœuds selon les configurations.

Cette évolution a notamment été relevée par l’analyste spécialisée dans la tech chinoise Rui Ma : si les puces Ascend 960 arrivent beaucoup plus tôt que prévu, certaines configurations annoncées aujourd’hui sont plus petites que celles figurant dans la précédente feuille de route.

Il ne faut cependant pas nécessairement interpréter cette différence comme l’abandon définitif du projet à 15 488 accélérateurs. Huawei présente plusieurs architectures et niveaux de regroupement — SuperPoD, SuperCluster et systèmes de calcul général — dont les caractéristiques ne sont pas toujours directement comparables.

Le changement souligne surtout l’importance de distinguer la feuille de route théorique des configurations effectivement déployables. Dans les infrastructures IA à cette échelle, disposer de milliers d’accélérateurs ne suffit pas : rendement de production, consommation énergétique, réseau, refroidissement, mémoire et logiciels doivent progresser simultanément.

Les restrictions américaines poussent Huawei vers une stratégie d’autonomie

Cette course technologique se déroule dans un contexte géopolitique particulièrement lourd. Les restrictions américaines limitent depuis plusieurs années l’accès de Huawei et d’autres entreprises chinoises à certaines technologies avancées de semi-conducteurs. Les contrôles à l’exportation touchent notamment l’accès à certains équipements de fabrication et aux accélérateurs IA américains les plus performants.

Huawei a donc progressivement construit une chaîne technologique destinée à réduire cette dépendance.

Les Ascend représentent la partie calcul, mais UnifiedBus, les SuperPoD, les systèmes de stockage et la pile logicielle sont tout aussi importants. Huawei développe notamment son environnement CANN, destiné à fournir aux développeurs une plateforme capable de remplir un rôle comparable, dans son écosystème, à celui de CUDA chez Nvidia.

C’est précisément là que la confrontation dépasse les performances brutes. L’avance de Nvidia repose autant sur CUDA, ses bibliothèques et son écosystème de développeurs que sur ses GPU. Huawei doit donc convaincre les laboratoires et entreprises chinoises qu’ils peuvent entraîner et exécuter leurs modèles sur une infrastructure Ascend sans subir un coût logiciel trop important.

La contrainte géopolitique lui apporte paradoxalement un levier : pour les entreprises chinoises dont l’accès aux accélérateurs américains est limité, développer une alternative domestique devient une nécessité stratégique autant qu’un choix technologique.

La bataille avec Nvidia se joue désormais à l’échelle du datacenter

Huawei dispose encore de nombreux obstacles avant de pouvoir revendiquer une véritable équivalence avec l’écosystème Nvidia. La disponibilité des accélérateurs constitue déjà un problème. La demande chinoise pour les équipements IA de Huawei dépasse actuellement ses capacités de production, ce qui limite notamment la possibilité d’étendre rapidement leur commercialisation en dehors du marché domestique.

Mais la stratégie de l’entreprise devient beaucoup plus claire. Huawei veut compenser les limites auxquelles elle peut être confrontée au niveau de la fabrication des semi-conducteurs en optimisant l’ensemble du système. Si une puce individuelle ne peut pas toujours rivaliser sur chaque métrique avec le meilleur accélérateur disponible ailleurs, une architecture capable d’en connecter efficacement plusieurs milliers peut réduire une partie de cet écart à l’échelle d’un workload complet. C’est aussi pour cette raison que UnifiedBus et Peerium pourraient finalement être aussi stratégiques que l’Ascend 960 DT lui-même.

La prochaine étape consistera à démontrer que ces architectures peuvent atteindre leurs performances théoriques sur des modèles réels, tout en conservant une efficacité énergétique, une fiabilité et un taux d’utilisation suffisamment élevés.

L’Ascend 960 DT arrivera donc plus tôt que prévu, mais la véritable offensive de Huawei contre Nvidia ne tient pas dans une seule puce : elle consiste à transformer des milliers, puis potentiellement des centaines de milliers d’accélérateurs chinois en une infrastructure cohérente capable de fonctionner comme un seul ordinateur géant.

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