Huawei a officiellement dévoilé HarmonyOS 7 en Chine, avec une mise à jour beaucoup plus ambitieuse qu’un simple rafraîchissement visuel. Le système introduit de nouveaux effets de spatial computing, une couche d’agents IA beaucoup plus profonde, des optimisations de performances pilotées par l’IA et plusieurs outils de sécurité intégrés directement au système.
L’enjeu est clair : Huawei veut faire d’HarmonyOS une plateforme capable d’orchestrer applications, appareils, données personnelles et intelligence artificielle dans un même environnement. Cette évolution accompagne aussi la montée en puissance de l’écosystème maison du constructeur, désormais bien au-delà du smartphone.
Une interface qui mise sur la profondeur et les effets spatiaux
HarmonyOS 7 commence par modifier fortement la manière dont l’interface réagit aux mouvements et aux interactions. Huawei introduit plusieurs effets de lumière, de profondeur et de perspective. Les icônes peuvent laisser des traînées lumineuses lorsqu’elles se déplacent, tandis que certaines notifications disparaissent sous forme de particules sensibles à la lumière. Les pressions, glissements et gestes tactiles bénéficient également de retours visuels et haptiques plus riches.
Le système ajoute aussi un écran de verrouillage 3D, des fonds d’écran spatiaux et une horloge capable de s’intégrer dans la profondeur d’une photo. Des effets similaires apparaissent dans la météo ou le calendrier, avec des éléments graphiques dont la perspective évolue selon l’angle de vue.
Huawei ne cherche pas seulement à rendre l’interface plus spectaculaire. L’objectif semble être de donner davantage de continuité visuelle entre les différentes couches du système, avec une profondeur qui accompagne les gestes plutôt que de rester purement décorative.

L’informatique spatiale s’étend à la création 3D
HarmonyOS 7 va plus loin avec plusieurs outils capables de générer ou d’explorer des contenus en trois dimensions. Huawei cite notamment Remy, qui peut transformer des images capturées par drone en cartes 3D, ainsi que V2Fun, conçu pour produire des modèles tridimensionnels à partir d’une seule photo. D’autres services peuvent créer des visites virtuelles de commerces ou générer des représentations 3D de produits pour les plateformes d’e-commerce.
Cette orientation montre que Huawei cherche à démocratiser des usages autrefois réservés aux outils professionnels de photogrammétrie ou de modélisation.
Le smartphone, la tablette ou le téléviseur deviennent alors des points d’entrée vers un environnement plus spatial, où les images ne sont plus uniquement affichées à plat. La valeur réelle dépendra toutefois de la qualité des modèles générés et de l’adoption par les développeurs tiers.
Celia devient le centre d’une nouvelle couche d’agents IA
La plus grande transformation concerne probablement Celia, l’assistant de Huawei. HarmonyOS 7 introduit une architecture baptisée Harmony Intelligence qui combine modèles locaux et cloud, mémoire à plusieurs niveaux, compétences applicatives et boucles agentiques. Celia reçoit une nouvelle interface avec un écran d’accueil personnalisé, un espace dédié à la mémoire et un module appelé Celia Claw.
Le système peut convertir certains éléments copiés, comme des mots de passe, codes, adresses ou liens cloud, en actions directes dans les applications correspondantes. Il peut aussi traduire en continu des documents en langue étrangère.
Huawei cherche donc à dépasser le modèle classique de l’assistant vocal. L’objectif n’est plus seulement de répondre à une question, mais d’enchaîner des actions à travers plusieurs applications.
Des assistants spécialisés pour le travail et la maison
HarmonyOS 7 introduit également plusieurs agents spécialisés. Le Job Search Assistant peut analyser un CV en fonction d’une offre, générer des questions d’entretien, reformuler des réponses et enregistrer automatiquement les invitations reçues avec leur date, lieu et notes associées. Des fonctions similaires apparaissent dans le contrôle parental, avec le suivi de la fatigue visuelle et du temps d’écran, ainsi que la possibilité de programmer la fermeture d’applications à la voix.
Celia Claw peut de son côté gérer différents équipements connectés, comme les climatiseurs, robots aspirateurs ou caméras de sécurité.
Huawei évoque même des agents capables d’organiser certaines routines domestiques, notamment l’alimentation des animaux ou le ménage, et d’effectuer des réservations locales via des appels téléphoniques automatisés.
L’idée est ambitieuse : faire d’HarmonyOS non plus un simple système d’exploitation, mais une couche de coordination entre les tâches quotidiennes.
Les applications Huawei entrent elles aussi dans l’ère des agents
Cette logique ne se limite pas à Celia. Plusieurs applications maison intègrent désormais des capacités agentiques. Petal Maps peut rechercher des lieux et construire des itinéraires à partir de demandes formulées naturellement, tandis que Huawei Music peut créer des playlists à partir d’une simple phrase.
Le navigateur Huawei peut résumer les tendances, extraire les points importants et produire des analyses plus longues. Huawei Video peut créer des listes de contenus personnalisées et répondre à des questions sur l’intrigue en cours de visionnage. Huawei Reading peut proposer des listes de livres, résumer des chapitres ou répondre à des questions de contexte, tandis que Huawei Themes peut filtrer des styles et générer des thèmes ou polices.
Cette intégration est importante, car elle réduit le besoin de passer constamment d’une application à une autre pour effectuer une tâche. Le pari de Huawei est que l’IA doit devenir une couche transversale du système, et non une application isolée.
Ark Engine utilise l’IA pour anticiper les ressources
Huawei améliore également les performances avec une nouvelle version de l’Ark Engine. Le moteur utilise désormais des modèles IA pour ajuster les ressources de manière proactive plutôt que simplement réagir à la charge au moment où elle apparaît. Huawei annonce jusqu’à 15 % de performances supplémentaires à l’échelle du système et jusqu’à 36 minutes d’autonomie en plus selon les scénarios.
Le constructeur cite également des gains de 22 % sur certaines opérations professionnelles, 22 % sur la fluidité des applications fréquemment utilisées, 34 % sur le maintien des applications en mémoire et 25 % sur les transitions entre apps.
Un nouveau Performance Mode permet par ailleurs d’accélérer temporairement certaines tâches sensibles au temps, comme les changements rapides d’application ou les périodes de forte charge.
Comme toujours, ces chiffres sont ceux de Huawei et devront être vérifiés sur des appareils réels. Mais ils montrent une évolution intéressante : l’IA est aussi utilisée pour gérer le système lui-même, pas seulement pour produire du contenu.
Plus de mémoire disponible sans ajouter de RAM physique
HarmonyOS 7 introduit également Super Spatial Memory, une technologie censée libérer jusqu’à 3 Go supplémentaires de mémoire utilisable par rapport à HarmonyOS 6. L’objectif est de conserver davantage d’applications actives au premier plan ou en arrière-plan sans provoquer de rechargements fréquents. Une fonction similaire existe pour le stockage. Huawei affirme que Super Spatial Storage peut libérer jusqu’à 109 Go sur un appareil de 1 To, 51 Go sur une version 512 Go et 22 Go sur un modèle 256 Go.

Ces optimisations pourraient devenir particulièrement utiles sur les appareils plus anciens, et Huawei affirme qu’un Mate 60 conserverait encore 90 % de sa fluidité initiale après trois ans d’utilisation.
Cette promesse devra être confrontée à l’usage réel, mais elle répond à un problème très concret : le ralentissement progressif des appareils au fil du temps.
Le gaming profite aussi de l’IA
Le volet jeu reçoit plusieurs nouveautés importantes. HarmonyOS 7 ajoute un système d’AI Super Resolution, un HDR intelligent et une nouvelle stabilisation des images, le tout piloté par l’Ark Scheduling Engine. Huawei revendique une image jusqu’à 1,5 fois plus nette avec la super-résolution IA, ainsi qu’une meilleure gestion des scènes complexes comme les couchers de soleil, villes éclairées au néon ou environnements enneigés.
Le moteur de planification peut également anticiper les charges et répartir les ressources de manière dynamique.
Selon Huawei, cela permettrait d’améliorer de 40 % la stabilité du framerate lors de longues sessions, avec des tests menés jusqu’à 3,5 heures à 60 images par seconde. Là encore, le plus intéressant n’est pas le chiffre isolé, mais la logique : Huawei veut faire de l’IA un composant structurel du rendu et de la gestion thermique.
Star Shield veut détecter les arnaques directement au niveau du système
La sécurité constitue l’autre grand pilier d’HarmonyOS 7. Huawei introduit HarmonyOS Star Shield, un ensemble de fonctions destinées à détecter les fraudes dans les appels, messages, applications, sites web et paiements. Le système peut notamment analyser les voix en temps réel pour identifier des modifications ou synthèses générées par IA.
Une autre fonction tente de détecter les appels qui semblent domestiques mais proviennent en réalité de l’étranger, tandis qu’un moteur analyse le contenu des pages web pour repérer les signes de fraude, même lorsque l’URL change.
HarmonyOS 7 peut aussi corréler plusieurs signaux : appel suspect, site douteux puis transfert d’argent, par exemple. Les QR codes sont eux aussi analysés afin de bloquer les liens considérés comme risqués.
Huawei affirme que le système a obtenu une certification de niveau 5 dans le domaine de la prévention contre la fraude télécom sur les plateformes mobiles.

Huawei tente aussi de rassurer sur la confidentialité de l’IA
L’intégration profonde de l’IA pose évidemment des questions sur la circulation des données personnelles. Huawei introduit pour cela le HarmonyOS Personal Intelligent Computing System, présenté comme un espace de calcul personnel dédié dans le cloud. Le constructeur affirme que les traitements cloud bénéficient d’un niveau de sécurité comparable aux traitements locaux, avec des environnements isolés et une suppression des données après l’exécution de la tâche demandée.
Cette promesse devra être évaluée précisément dans la pratique. Mais, le positionnement est clair : Huawei veut proposer des fonctions IA plus lourdes sans abandonner complètement le discours autour de la confidentialité.
Cette question deviendra d’autant plus importante que Celia accède désormais à davantage de contexte, de mémoire et de données issues des différentes applications.
Les transferts entre appareils deviennent plus ambitieux
HarmonyOS 7 renforce enfin la continuité entre appareils avec HarmonyOS Star Interconnection. Le système ajoute plusieurs fonctions Tap-to-Transfer permettant d’envoyer des photos ou vidéos à plusieurs personnes en une seule opération, de transférer des fichiers chiffrés ou encore de partager des jeux sans téléchargement supplémentaire.
Une fonction Point-and-Paste permet de toucher un appareil à un endroit précis d’un espace créatif pour y déposer directement un média. Huawei introduit également le Remote Direct Transfer, qui permet d’envoyer à distance des photos, vidéos et documents dans leur qualité originale, sans être limité par la proximité physique.
Ces fonctions renforcent l’idée d’un écosystème où le smartphone, la tablette, le PC et les écrans connectés peuvent fonctionner comme les différentes surfaces d’un même environnement informatique.
Accessibilité et transmission des données personnelles
HarmonyOS 7 ajoute aussi plusieurs fonctions d’accessibilité. Text Call peut convertir la parole en texte et le texte en parole pendant un appel, avec réparation de la voix et synthèse vocale pour les personnes souffrant de troubles de la parole. Huawei cite également des usages plus pratiques, comme la communication entre livreurs et clients dans des environnements bruyants.
Autre nouveauté notable : Digital Asset Inheritance permet de désigner des bénéficiaires capables d’accéder à certaines données personnelles après le décès de l’utilisateur, notamment les photos ou les notes. L’accès repose sur une vérification d’identité et une authentification multifacteur.
C’est une fonction encore assez rare dans les systèmes mobiles, mais qui répond à une question de plus en plus importante à mesure que nos vies numériques deviennent plus longues que les appareils eux-mêmes.
Une bêta publique immédiatement disponible
Huawei ouvre dès maintenant la première bêta publique d’HarmonyOS 7. Elle concerne plusieurs catégories d’appareils, notamment les smartphones traditionnels, pliables, tablettes, ordinateurs portables, montres connectées, téléviseurs et écrans intelligents compatibles.
Sur les smartphones et tablettes, les utilisateurs éligibles pourront vérifier la disponibilité depuis les paramètres de mise à jour du système. D’autres modèles recevront progressivement HarmonyOS 7 au fil du déploiement.
La cadence sera particulièrement importante à observer, car Huawei veut désormais faire fonctionner HarmonyOS comme une véritable plateforme commune à l’ensemble de son catalogue.
HarmonyOS 7 devient surtout une plateforme d’orchestration
La nouveauté la plus importante d’HarmonyOS 7 n’est finalement ni son interface 3D ni ses nouvelles fonctions de sécurité prises isolément. Huawei essaie de relier toutes ces briques. L’IA gère les applications, le système anticipe les ressources, Celia coordonne les appareils, les transferts deviennent transparents et les agents peuvent agir à travers plusieurs services.
Cette approche rapproche HarmonyOS d’un système d’exploitation pensé autour de l’orchestration plutôt que de l’application individuelle.
Le défi sera maintenant de transformer cette ambition en expérience réellement fluide. Plus les agents accèdent à de données et d’actions, plus les questions de fiabilité, de consentement et de sécurité deviennent critiques.
HarmonyOS 7 montre néanmoins que Huawei ne cherche plus seulement à construire une alternative à Android. L’entreprise veut proposer sa propre vision de l’informatique personnelle, où l’IA n’est plus une fonction ajoutée au système, mais la couche qui tente d’en relier toutes les parties.