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Apple : comment sa puissance d’achat a longtemps dicté les règles du marché de la mémoire

Décryptage

Apple : comment sa puissance d’achat a longtemps dicté les règles du marché de la mémoire

L'ESSENTIEL
  • Apple aurait exercé de fortes pressions sur ses fournisseurs de mémoire flash grâce à des méthodes de négociation musclées menées notamment par Tony Blevins.
  • En 2023, Apple aurait généré environ 14 milliards de dollars de bénéfices grâce aux options de stockage, malgré la baisse des prix du marché à 5 centimes par gigaoctet.
  • La demande en mémoire liée à l’intelligence artificielle en 2026 réduit la dépendance des fournisseurs et modifie le rapport de force face au constructeur.

Pendant des années, Apple a bénéficié d’un rapport de force particulièrement favorable face à ses fournisseurs de composants. Grâce aux volumes considérables qu’elle commande, l’entreprise a pu négocier des prix avantageux, obtenir des allocations prioritaires et imposer des conditions commerciales parfois très contraignantes.

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Mais, avec la pénurie de mémoire provoquée par la demande de l’intelligence artificielle, cet équilibre semble aujourd’hui se retourner.

Une enquête du Wall Street Journal met en lumière les méthodes de négociation particulièrement agressives qu’Apple aurait employées pendant plusieurs années auprès des fabricants de mémoire flash. Le quotidien décrit notamment les pratiques de Tony Blevins, ancien responsable des achats de l’entreprise, qui aurait multiplié les pressions pour obtenir les tarifs les plus bas possibles.

Certaines anecdotes rapportées donnent une idée de l’ampleur du rapport de force entre Apple et ses partenaires industriels.

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Des négociations particulièrement musclées avec les fournisseurs

L’une des principales stratégies attribuées à Apple reposait sur une politique d’engagement limité. L’entreprise pouvait commander des composants personnalisés pour ses appareils sans garantir systématiquement qu’elle accepterait toutes les livraisons. Lorsque les prix de la mémoire baissaient, Apple aurait ainsi refusé certains stocks déjà produits pour ses besoins, laissant les fournisseurs avec des volumes difficiles à écouler.

Tony Blevins, qui dirigeait alors les achats de composants avant son départ en 2022, aurait également entretenu volontairement la concurrence entre fournisseurs. Selon le Wall Street Journal, il organisait parfois des rendez-vous successifs de manière à ce que les équipes commerciales concurrentes se croisent. Les négociations pouvaient se prolonger jusque tard dans la nuit, sans pause pour dîner.

Les contrats conclus par Apple lui auraient aussi permis d’auditer les comptes de ses fournisseurs afin de vérifier qu’elle bénéficiait bien du meilleur prix. Cette connaissance approfondie de leurs opérations allait jusqu’aux activités sur les chaînes de production. Apple aurait même obtenu une réduction auprès de Deloitte, chargé de réaliser certains audits pour son compte.

Micron et Western Digital face aux exigences d’Apple

L’enquête rapporte également un différend avec Micron. Après avoir découvert que le fabricant vendait des puces mémoire flash à une autre entreprise à un tarif inférieur, Apple aurait porté l’affaire devant les tribunaux et obtenu un règlement de plusieurs millions de dollars.

L’épisode impliquant Western Digital et sa filiale SanDisk est encore plus révélateur. Lorsque les approvisionnements en mémoire flash se sont tendus autour de 2017, Western Digital aurait demandé à Apple de payer des frais pour réserver des composants, sans pour autant garantir leur vente. Une pratique qui aurait provoqué la colère de Tony Blevins.

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Un an plus tard, alors que les prix de la mémoire commençaient à baisser, des dirigeants de Western Digital seraient venus lui remettre un chèque de remboursement pour apaiser les tensions. Blevins aurait alors exigé que l’entreprise renonce définitivement à ces frais de réservation. Mais il serait allé plus loin : Western Digital aurait dû payer Apple pour que ses puces soient testées, sans aucune garantie que le fabricant d’iPhone les achète ensuite. Selon les personnes citées par le quotidien, les deux représentants auraient finalement été raccompagnés par la sécurité.

Apple a largement profité de la baisse des prix de la mémoire

Le rapport de force ne se limitait pas aux négociations entre industriels. Alors que le prix de la mémoire flash aurait progressivement chuté jusqu’à environ 5 centimes par gigaoctet, Apple continuait de facturer plusieurs centaines de dollars pour augmenter la capacité de stockage de ses iPhone.

Selon les chiffres rapportés dans l’article, l’entreprise aurait ainsi généré environ 14 milliards de dollars de bénéfices grâce aux options de stockage flash en 2023, pendant que l’ensemble du secteur de la mémoire flash enregistrait des pertes estimées à 19 milliards de dollars. Un contraste qui illustre la rentabilité des options de stockage pour Apple, mais aussi la pression exercée sur les fabricants de composants.

Ces pratiques ne sont pas nécessairement propres à Apple : les grands donneurs d’ordre disposent généralement d’un pouvoir de négociation important. Mais la taille de l’entreprise et les volumes qu’elle représente lui auraient permis d’exercer une influence particulièrement forte sur les conditions commerciales de ses fournisseurs.

L’essor de l’IA change les règles du jeu

En 2026, la situation est sensiblement différente. Les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle ont besoin de quantités considérables de mémoire et sont prêtes à payer davantage pour sécuriser leurs approvisionnements. Les fabricants disposent donc de nouveaux débouchés particulièrement lucratifs, ce qui réduit leur dépendance à l’égard des commandes d’Apple.

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Ce changement intervient alors que le coût des composants mémoire augmente fortement. Apple a longtemps absorbé une partie de cette hausse, mais l’entreprise a fini par répercuter une partie de la pression sur les prix de ses produits, y compris certains modèles plus anciens qui auraient habituellement bénéficié d’une baisse tarifaire à l’arrivée d’une nouvelle génération.

La situation ne devrait pas s’améliorer rapidement : les tensions sur les approvisionnements pourraient se prolonger en 2027. Si le coût de la mémoire et des autres composants continue de progresser, Apple devra choisir entre préserver ses marges et augmenter encore ses prix. Après des années passées à imposer ses conditions aux fabricants, le groupe pourrait désormais découvrir ce que signifie négocier dans un marché où ses fournisseurs disposent de davantage d’alternatives.

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