MediaTek étend son terrain de jeu au-delà des smartphones. Le constructeur dévoile le Dimensity CX C10 Max, première puce de sa nouvelle famille Dimensity CX « Computing Experience », spécialement développée pour une nouvelle génération de PC portables fins et fortement centrés sur l’intelligence artificielle.
Gravé en 3 nm par TSMC, ce SoC fera notamment ses débuts dans les futurs Googlebook, les nouveaux ordinateurs de Google mêlant Android et ChromeOS autour de Gemini. Avec un CPU à huit cœurs, un GPU Immortalis à 11 cœurs et surtout un NPU atteignant 55 TOPS, MediaTek veut transposer sur le PC une recette qu’il maîtrise déjà sur mobile : intégrer presque tout dans une seule puce afin de réduire la consommation sans sacrifier les performances.
Dimensity CX : MediaTek ouvre une nouvelle famille de puces pour PC
Le Dimensity CX C10 Max inaugure une gamme entièrement nouvelle dans le catalogue de MediaTek. Le nom « Computing Experience » traduit clairement son objectif : s’attaquer au marché des ordinateurs portables plutôt que de simplement adapter la communication autour d’un processeur mobile existant.
Cette arrivée coïncide avec celle des Googlebook, nouvelle plateforme de Google destinée au PC premium. Ces machines doivent associer les avantages de ChromeOS et d’Android, avec une intégration profonde de Gemini, la compatibilité avec les applications Android et des fonctions d’IA capables de fonctionner directement sur l’appareil.
Acer, ASUS, Dell, HP et Lenovo font partie des premiers constructeurs engagés sur cette nouvelle catégorie. Tous les Googlebook n’utiliseront toutefois pas une puce MediaTek : Google s’appuie également sur Intel et Qualcomm afin de proposer plusieurs architectures matérielles à ses partenaires.
Le Dimensity CX C10 Max équipera notamment un futur Googlebook de Lenovo. Pour MediaTek, cette première intégration sera importante : elle permettra de mesurer si l’expertise acquise sur les SoC mobiles peut réellement être transposée à des ordinateurs confrontés à des charges de travail plus longues et à des exigences différentes en matière de multitâche.
8 cœurs CPU et un GPU Immortalis-G925 à 11 cœurs
MediaTek a choisi une architecture CPU à 8 cœurs construite autour de technologies Arm. Le Dimensity CX C10 Max combine un Cortex-X925, trois Cortex-X4 et quatre Cortex-A720, accompagnés de 12 Mo de cache L3 et de 10 Mo de cache système.
Cette organisation doit permettre à la puce de répartir les charges entre différents niveaux de performances tout en conservant l’approche fortement intégrée caractéristique des SoC Arm. Le Cortex-X925 prend en charge les tâches les plus exigeantes, tandis que les autres cœurs doivent permettre de mieux équilibrer performances et consommation selon les applications exécutées.
La partie graphique repose sur un Immortalis-G925 à 11 cœurs. MediaTek ne communique pas encore suffisamment de données pour le comparer directement aux solutions graphiques intégrées d’Intel ou Qualcomm dans des conditions identiques, mais sa présence confirme que le C10 Max ne se limite pas à un processeur destiné à la bureautique légère.
L’architecture devra notamment assurer le fonctionnement des applications Android, de l’interface du système, des contenus multimédias et potentiellement d’une partie des jeux disponibles sur la plateforme Googlebook. Les performances soutenues seront particulièrement intéressantes à observer, puisque certains constructeurs pourraient exploiter la faible consommation du SoC pour concevoir des machines sans ventilateur.
MediaTek présente en effet sa nouvelle plateforme comme une solution permettant de produire des ordinateurs plus fins et plus légers, tout en conservant une autonomie couvrant une journée de travail. La possibilité d’utiliser un refroidissement passif dépendra cependant de la conception choisie par chaque fabricant et ne constitue pas une caractéristique garantie de tous les appareils équipés du C10 Max.

Un NPU de 55 TOPS pour faire fonctionner davantage d’IA localement
L’autre pilier du Dimensity CX C10 Max est son moteur d’intelligence artificielle. MediaTek intègre son NPU de huitième génération, capable d’atteindre une puissance annoncée de 55 TOPS. Cette capacité doit permettre aux Googlebook d’exécuter directement certaines fonctions d’IA sans envoyer systématiquement les données vers des serveurs distants. MediaTek cite notamment l’assistance contextuelle et la synthèse de fichiers locaux parmi les scénarios envisageables.
Le choix est particulièrement cohérent avec le positionnement des Googlebook. Gemini doit y occuper une place centrale, mais l’expérience ne peut pas dépendre exclusivement du cloud si Google veut proposer des fonctions instantanées, préserver certaines données localement et maintenir une partie des capacités lorsque la connexion est limitée.
Le NPU devient ainsi un composant aussi stratégique que le CPU ou le GPU. Une tâche d’IA exécutée sur une unité spécialisée peut être beaucoup plus efficace énergétiquement que la même opération confiée aux cœurs généralistes, un avantage particulièrement important sur un ordinateur portable fonctionnant sur batterie.
La valeur réelle des 55 TOPS dépendra toutefois du logiciel. La puissance théorique d’un accélérateur ne garantit pas à elle seule que les applications sauront l’exploiter. Google et MediaTek devront donc travailler avec les développeurs afin que les fonctions de Gemini et les applications compatibles puissent réellement tirer parti de cette capacité de calcul locale.
Wi-Fi 7, LPDDR5X et jusqu’à trois écrans 4K
MediaTek reprend également l’une des forces traditionnelles des plateformes mobiles : une intégration particulièrement poussée des composants autour du processeur. Le C10 Max prend en charge de la LPDDR5X jusqu’à 9 600 Mbit/s ainsi que du stockage UFS 4.0. Ce dernier choix rapproche davantage l’architecture des smartphones et tablettes haut de gamme que des PC traditionnels, où les SSD NVMe occupent généralement une place centrale.
La connectique comprend trois lignes PCIe Gen 4, un port USB complet à 5 Gbit/s et deux interfaces eUSB2v2. Le SoC peut également gérer trois sorties vidéo 4K, ce qui permettra aux constructeurs de proposer des configurations multi-écrans malgré le positionnement orienté mobilité de la plateforme.
La connectivité sans fil repose sur du Wi-Fi 7 pouvant atteindre 7,3 Gbit/s ainsi que sur le Bluetooth 6.0. MediaTek dispose historiquement d’une forte expertise dans les communications sans fil, et cette intégration peut devenir un avantage pour réduire le nombre de composants nécessaires sur la carte mère.
Le processeur d’image Imagiq 1090 prend quant à lui en charge des caméras allant jusqu’à 32 mégapixels. MediaTek met notamment en avant le HDR, la qualité des appels vidéo et la gestion fluide du zoom, des éléments devenus plus importants avec la généralisation des réunions à distance et des fonctions d’IA utilisant la caméra.
L’ensemble dessine une plateforme très intégrée. Plutôt que d’assembler séparément processeur, contrôleurs et accélérateurs, MediaTek cherche à concentrer un maximum de fonctions dans son SoC, une philosophie directement héritée du smartphone.
Les Googlebook deviennent un nouveau champ de bataille pour Arm
L’arrivée du Dimensity CX C10 Max intervient dans un contexte où les frontières entre ordinateur et appareil mobile deviennent de moins en moins nettes. Les Googlebook illustrent particulièrement cette convergence. Leur système veut associer l’environnement d’Android, les capacités historiques de ChromeOS et les nouvelles fonctions de Gemini, tout en proposant une expérience suffisamment performante pour rivaliser avec des ordinateurs portables traditionnels.
Le choix de Google de travailler simultanément avec MediaTek, Qualcomm et Intel est révélateur. La plateforme n’est pas construite autour d’une seule architecture matérielle et doit pouvoir s’adapter à différents niveaux de performances, de prix et d’autonomie.
MediaTek dispose néanmoins d’un argument intéressant. Le constructeur maîtrise depuis longtemps les SoC Arm fortement intégrés et optimisés pour fonctionner avec une enveloppe énergétique limitée. Or, les qualités recherchées pour les prochains ordinateurs ultraportables — démarrage rapide, autonomie importante, connectivité permanente et accélération IA — se rapprochent progressivement de celles développées depuis des années sur les smartphones.
Le défi sera de conserver ces avantages lorsque les usages deviennent réellement ceux d’un PC. Compiler du code, travailler avec plusieurs écrans, manipuler des documents complexes ou maintenir de nombreuses applications ouvertes pendant plusieurs heures imposent des contraintes différentes de celles d’un smartphone.
MediaTek veut appliquer la recette du smartphone au PC IA
Le Dimensity CX C10 Max marque finalement une étape stratégique plus importante que sa seule fiche technique. MediaTek ne cherche plus seulement à fournir des puces pour smartphones, tablettes ou objets connectés : le groupe veut désormais devenir un fournisseur crédible de plateformes pour ordinateurs.
Sa proposition repose moins sur la puissance brute que sur l’équilibre entre calcul, intelligence artificielle et consommation. CPU Arm, GPU Immortalis, NPU de 55 TOPS, Wi-Fi 7 et traitement d’image sont réunis dans une architecture conçue dès le départ pour fonctionner comme un ensemble.
Cette approche pourrait être particulièrement adaptée aux Googlebook. Google veut justement construire des ordinateurs où les applications mobiles, les services cloud et l’IA locale coexistent sans que l’utilisateur ait à se demander constamment où une tâche est exécutée.
Reste désormais à voir comment le Dimensity CX C10 Max se comportera dans les premiers appareils commerciaux, notamment face aux plateformes Intel et Qualcomm proposées parallèlement. Les performances réelles, l’autonomie et la capacité à maintenir de lourdes charges pendant plusieurs heures seront beaucoup plus révélatrices que les caractéristiques théoriques.
Avec le Dimensity CX, MediaTek ne se contente donc pas d’entrer sur le marché du PC : il tente d’y importer vingt ans d’expérience du mobile. Si les Googlebook réussissent à rapprocher réellement Android et l’ordinateur traditionnel, cette expertise en matière de puces intégrées et économes pourrait devenir beaucoup plus précieuse qu’elle ne l’était sur les précédentes générations de laptops.