Intel pourrait remettre au goût du jour une plateforme lancée en 2021 pour répondre à l’une des conséquences les plus visibles de l’essor de l’intelligence artificielle : la flambée des prix de la mémoire vive.
Selon une annonce de Gigabyte, de nouveaux processeurs Intel compatibles avec le socket LGA1700 devraient arriver début 2027. Le fabricant de cartes mères a déjà déployé des mises à jour du BIOS sur l’ensemble de ses gammes B760 et H610 pour préparer leur prise en charge.
Ce retour sur une plateforme vieille de cinq ans pourrait offrir une solution plus abordable aux utilisateurs qui souhaitent mettre à niveau leur PC sans remplacer leur carte mère ni leur mémoire. Le socket LGA1700 présente en effet un avantage de taille dans le contexte actuel : certaines cartes mères compatibles acceptent la DDR4, une génération de mémoire nettement moins coûteuse que la DDR5.
Intel n’a toutefois pas encore officiellement confirmé l’arrivée de ces nouveaux processeurs. Et si la flambée des prix de la mémoire constitue une explication plausible à cette stratégie, ni Intel ni Gigabyte ne l’ont directement présentée comme la raison de cette décision.
Gigabyte prépare ses cartes mères B760 et H610
Gigabyte indique avoir étendu la prise en charge des futurs processeurs à l’ensemble de ses cartes mères B760 et H610 compatibles avec le socket LGA1700. Les mises à jour du BIOS doivent permettre aux fabricants de PC et aux revendeurs d’anticiper leur arrivée, annoncée pour le début de l’année 2027.
Le socket LGA1700 a été introduit en 2021 avec les processeurs Intel Core de 12e génération. Il prend notamment en charge les Core de 13e et de 14e génération. Selon la carte mère utilisée, les configurations peuvent exploiter de la DDR4 ou de la DDR5, même si ces deux types de mémoire ne sont pas interchangeables sur une même carte mère.
Cette compatibilité représente un avantage économique important. Les utilisateurs disposant déjà d’une carte mère LGA1700 et d’un kit DDR4 pourraient, si leur matériel est compatible avec les futurs processeurs, bénéficier d’une mise à niveau sans investir dans une nouvelle plateforme complète.
Pour les assembleurs et les distributeurs, Gigabyte présente également cette prise en charge étendue comme un moyen de préserver la valeur des stocks existants et de faciliter la gestion des approvisionnements. Des cartes mères qui semblaient appartenir à une génération en fin de cycle pourraient ainsi retrouver un intérêt commercial.
La DDR4, une alternative face à la flambée des prix
La mémoire vive est devenue un poste de dépense de plus en plus sensible pour les fabricants et les acheteurs de PC. L’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle mobilise les capacités de production des fabricants de mémoire, notamment pour répondre aux besoins des centres de données.
Cette pression se répercute sur différents segments du marché. Selon les données rapportées, même la DDR2, une technologie datant de 2003, a vu ses prix progresser de 55 à 60 % en un trimestre. Cette évolution illustre l’ampleur des tensions sur la mémoire, y compris sur des composants anciens.
La DDR4 n’échappe pas à cette situation générale, mais elle reste une option intéressante pour les configurations qui la prennent en charge. Les utilisateurs qui possèdent déjà de la mémoire DDR4 peuvent éviter le coût d’un remplacement complet de leur plateforme, alors que les prix de la DDR5 pèsent davantage sur les budgets.
TrendForce prévoit par ailleurs une hausse de 13 à 18 % des prix contractuels de la DRAM conventionnelle au cours du trimestre concerné, après une progression de 59,5 % des revenus du secteur au deuxième trimestre. Ces chiffres concernent le marché de la mémoire dans son ensemble et ne correspondent pas directement à l’évolution du prix de chaque kit vendu au détail.
La stratégie autour du LGA1700 prend donc tout son sens dans un marché où le coût total d’une configuration compte autant que les performances du processeur.
Intel reconnaît un regain d’intérêt pour ses anciennes plateformes
Intel avait déjà laissé entendre que ses plateformes existantes conserveraient une place importante dans sa stratégie. En août, Robert Hallock, responsable de l’activité dédiée aux passionnés chez Intel, expliquait à Tom’s Hardware que le LGA1700 restait un socket intéressant et que les anciens processeurs continueraient de faire partie de l’offre de l’entreprise pendant plusieurs années.
Il évoquait également une hausse soudaine de la demande pour ces puces. Cette tendance se reflète dans certains prix de vente : le Core i5-14600K était notamment affiché à 262 dollars sur Amazon, contre 200 dollars ou moins pendant une grande partie de l’année précédente, selon les observations citées par la source.
Ce regain d’intérêt ne signifie pas nécessairement que les processeurs Intel de génération précédente offrent le meilleur rapport performances-prix dans toutes les configurations. Il montre cependant que les acheteurs cherchent des solutions plus économiques, alors que le coût des composants rend les mises à niveau plus difficiles.
Robert Hallock a également évoqué la possibilité que l’industrie fasse évoluer sa manière de segmenter les gammes grand public et haut de gamme, dans un contexte de pression croissante sur les prix. Les propos rapportés ne permettent toutefois pas de conclure qu’Intel a déjà arrêté une nouvelle organisation commerciale.
Le marché européen particulièrement sous pression
L’Europe figure parmi les régions où les difficultés du marché informatique sont les plus visibles. Selon les prévisions de Context, les livraisons de PC de bureau dans la région pourraient reculer d’environ 20 % au cours du trimestre concerné, puis de près de 30 % au quatrième trimestre.
La hausse des prix de la mémoire risque d’accentuer cette tendance. En juillet, Currys, le principal distributeur britannique d’électronique grand public, avait prévenu que l’augmentation du coût de la mémoire finirait par se répercuter sur les prix pratiqués dans ses magasins.
Dans ce contexte, la stratégie de Gigabyte pourrait intéresser les revendeurs européens qui disposent encore de cartes mères LGA1700 en stock. La possibilité d’y installer de futurs processeurs donnerait une nouvelle perspective à ces produits, tout en permettant de proposer des configurations moins coûteuses aux consommateurs.
Il reste cependant impossible de déterminer à ce stade quelles seront les performances, les prix ou les références exactes des futurs processeurs. Il faudra également vérifier les listes de compatibilité définitives et les versions de BIOS requises avant d’envisager une mise à niveau.
Une réponse pragmatique, en attendant une baisse des prix
La remise en avant du socket LGA1700 pourrait constituer une réponse pragmatique aux tensions actuelles sur le marché du PC. Plutôt que d’imposer aux acheteurs un renouvellement complet de leur configuration, Intel et ses partenaires auraient intérêt à prolonger la durée de vie des plateformes existantes.
Cette approche ne résoudra pas la crise de la mémoire vive, dont les causes dépassent largement le marché des ordinateurs personnels. Elle pourrait néanmoins limiter les dépenses immédiates des utilisateurs qui disposent déjà d’une carte mère compatible et de mémoire DDR4.
Robert Hallock estime que les prix devraient finir par se stabiliser et revenir à des niveaux plus habituels. En attendant, le LGA1700 pourrait bien retrouver une place inattendue dans la stratégie d’Intel : celle d’une plateforme encore pertinente pour les acheteurs qui privilégient le coût total de leur configuration.