Alors que les fabricants de smartphones font face à une flambée historique du prix de la mémoire, un nouvel acteur chinois pourrait bientôt redistribuer les équilibres du secteur. ChangXin Memory Technologies (CXMT), premier fabricant chinois de DRAM, serait sur le point d’achever le développement de sa mémoire LPDDR6, la prochaine génération de RAM destinée aux smartphones haut de gamme.
Une étape qui intervient à un moment stratégique, alors que la demande des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle exerce une pression sans précédent sur l’ensemble de l’industrie.
CXMT approche de la production de masse
Selon China Business News, CXMT aurait quasiment terminé la phase de validation de sa mémoire LPDDR6. Cette étape constitue l’un des derniers jalons avant la production pilote, laquelle pourrait débuter dans les prochains mois, avec une montée en cadence envisagée dès le second semestre.
Les premiers prototypes atteindraient des débits allant jusqu’à 12,8 Gbit/s, ouvrant la voie à une nouvelle génération de smartphones plus performants.
Pour la Chine, cette avancée représente également un enjeu stratégique : réduire sa dépendance aux grands fournisseurs internationaux de mémoire comme Samsung, SK Hynix ou Micron.
Pourquoi la LPDDR6 est-elle si attendue ?
La LPDDR6 succédera à l’actuelle LPDDR5X qui équipe la majorité des smartphones premium. Cette nouvelle génération promet plusieurs améliorations : une bande passante plus élevée, une consommation énergétique réduite, de meilleures performances en multitâche, une accélération des traitements liés à l’intelligence artificielle embarquée et une gestion plus efficace des applications gourmandes en ressources, notamment les jeux et le traitement photo.
Avec la généralisation des fonctions d’IA exécutées directement sur les appareils, cette évolution devient presque indispensable pour les futurs smartphones haut de gamme.
Une crise mondiale de la mémoire en toile de fond
Le calendrier n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs mois, les fabricants sont confrontés à une pénurie de mémoire alimentée par la croissance explosive des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle.
Selon TrendForce, les prix de la mémoire LPDDR5X ont progressé de 78 à 83 % au cours du deuxième trimestre seulement. Cette hausse pousse plusieurs constructeurs à revoir leurs plans.
Des rumeurs récentes indiquent notamment que Samsung aurait envisagé de renoncer à intégrer la LPDDR6 et le stockage UFS 5.0 dans le futur Galaxy S27 Ultra en raison de leur coût élevé et des difficultés d’approvisionnement. À l’inverse, Xiaomi serait déjà parmi les premiers fabricants à préparer un smartphone compatible avec cette nouvelle mémoire.
Une nouvelle concurrence pourrait faire évoluer le marché
Même si CXMT réussit à lancer sa production, les effets ne seront pas immédiats. L’entreprise devra encore démontrer la fiabilité de sa mémoire, de bons rendements industriels, une capacité de production suffisante et une qualité répondant aux exigences des grandes marques internationales.
Cependant, l’arrivée d’un quatrième acteur majeur sur le marché pourrait renforcer la concurrence et offrir davantage de pouvoir de négociation aux fabricants de smartphones.
Dans un contexte où quelques entreprises dominent largement la production mondiale de DRAM, cette diversification pourrait progressivement contribuer à stabiliser les prix.
Apple et les fabricants suivent déjà le dossier
L’intérêt dépasse désormais les seuls constructeurs chinois. Plusieurs rapports indiquent que Apple aurait déjà étudié la possibilité d’utiliser des puces mémoire CXMT dans certains appareils commercialisés en Chine. Toutefois, le projet resterait soumis aux tensions géopolitiques entre Pékin et Washington, qui continuent d’influencer fortement l’industrie des semi-conducteurs.
Les restrictions américaines sur les technologies avancées pourraient ralentir l’adoption internationale des solutions proposées par CXMT, même si leur niveau technique se rapproche progressivement des standards du marché.
Une bonne nouvelle… mais pas encore pour les prix
L’arrivée de la LPDDR6 produite par CXMT ne fera pas immédiatement baisser le prix des smartphones. Au contraire, les premières estimations suggèrent que cette nouvelle mémoire pourrait coûter environ 20 % de plus que la LPDDR5X, ce qui réserverait dans un premier temps son utilisation aux modèles les plus haut de gamme.
En revanche, si CXMT parvient à produire à grande échelle et à convaincre les principaux fabricants, cette nouvelle source d’approvisionnement pourrait progressivement détendre le marché.
À terme, davantage de concurrence signifierait une meilleure disponibilité des composants, une réduction de la pression sur les prix et une démocratisation plus rapide de la LPDDR6 au-delà des seuls smartphones premium.
Dans une industrie où la mémoire est devenue l’un des composants les plus coûteux, cette évolution pourrait s’avérer bien plus stratégique qu’elle n’y paraît.



