ByteDance, Alibaba et Tencent auraient commandé plus de 3 millions de cartes Nvidia RTX PRO 5500, pour un montant dépassant 35 milliards de dollars au prix catalogue. L’information, révélée par Reuters le 20 octobre, illustre l’appétit des géants chinois pour les puces de Nvidia, malgré les restrictions américaines.
La RTX PRO 5500 n’est pas une puce de centre de données classique. Il s’agit d’une carte graphique professionnelle conçue pour respecter les règles d’exportation des États-Unis, et donc pouvoir être vendue légalement en Chine.
Nvidia ne pourra toutefois pas honorer toutes ces commandes. Selon les sources de Reuters, sa production serait limitée à environ 3 millions de cartes en 2027, pour le monde entier.
RTX PRO 5500 : une carte « conforme à l’export »
Depuis plusieurs années, Washington interdit la vente en Chine des puces d’IA les plus puissantes de Nvidia. Pour continuer à servir ce marché, le groupe conçoit des produits dont les performances restent sous les seuils fixés par les autorités américaines, ce qui leur permet d’être exportés.
La RTX PRO 5500 appartient à cette catégorie. C’est une carte pour stations de travail, vendue environ 11 400 dollars l’unité, bien moins puissante que les accélérateurs Blackwell réservés aux datacenters occidentaux. Elle reste néanmoins suffisante pour de nombreux usages.
Les entreprises chinoises la destineraient surtout à l’inférence, c’est-à-dire à l’exécution de modèles d’IA déjà entraînés pour répondre aux utilisateurs. Cette tâche demande moins de puissance par puce que l’entraînement, mais un très grand nombre de cartes pour servir des millions de requêtes.
Plus de 6 millions de cartes demandées
La demande dépasse largement l’offre. Selon deux sources de Reuters, les commandes chinoises totales dépasseraient 6 millions de cartes, soit le double de ce que Nvidia pourrait produire en 2027.
Nvidia aurait prévenu ses partenaires qu’ils pourraient ne recevoir que 5 à 10 % des volumes demandés, et indiqué ne pas pouvoir garantir la livraison des commandes. Le montant de 35 milliards de dollars correspond donc à des commandes au prix catalogue, et non à un chiffre d’affaires assuré.
Ces chiffres proviennent de sources anonymes. Nvidia n’a pas confirmé le volume des commandes, ni le plafond de production évoqué.
Pourquoi la Chine continue d’acheter Nvidia
Les fabricants chinois progressent rapidement. Selon IDC, Huawei détenait déjà 28 % du marché chinois des accélérateurs IA au premier semestre 2026, contre 34 % pour Nvidia. Mais l’offre locale ne suffit pas encore à couvrir la demande, et l’écosystème logiciel de Nvidia, avec CUDA, reste la référence pour les développeurs.
Pour ByteDance, Alibaba et Tencent, multiplier les sources d’approvisionnement est aussi une question de sécurité. Les règles américaines peuvent changer à tout moment, et sécuriser des puces aujourd’hui permet de se prémunir contre de futures restrictions.
Nvidia, de son côté, dénonce des contrôles à l’exportation qu’il juge « obsolètes », ainsi que les limites imposées par Pékin aux importations de puces américaines. Le groupe se retrouve pris entre deux gouvernements, sur un marché qui représentait une part importante de ses ventes.
Un marché sous double contrainte
La situation reste fragile. Washington pourrait durcir ses règles et rendre la RTX PRO 5500 elle-même interdite à l’export, tandis que Pékin encourage ses entreprises à privilégier les puces nationales.
Reste à savoir combien de ces commandes Nvidia livrera réellement. Avec une production limitée et une demande mondiale toujours forte, la Chine pourrait n’obtenir qu’une faible partie des cartes réclamées, ce qui accélérerait mécaniquement la montée en puissance de Huawei et des autres fabricants locaux.