Amazon accélère la production de ses satellites pour rattraper Starlink. Le géant américain annonce avoir fabriqué son 1 000e satellite dédié à son réseau Internet spatial Amazon Leo, tout en affirmant que le lancement commercial du service se rapproche. L’entreprise est passée d’une production de 27 satellites en 6 mois à 27 unités par semaine, un changement d’échelle considérable pour un programme qui doit encore surmonter d’importants obstacles logistiques.
Le paradoxe est pourtant frappant : malgré cette montée en puissance industrielle, Amazon ne compte toujours que 396 satellites en orbite, selon les chiffres communiqués dans les informations disponibles. La fabrication n’est donc plus le seul défi.
Pour devenir un concurrent crédible de Starlink, Amazon doit désormais réussir à envoyer rapidement ses appareils dans l’espace, avec une cadence de lancement suffisante pour constituer une constellation opérationnelle.
Amazon transforme son usine de satellites en chaîne de production
Le programme a pris forme dans un bâtiment de quelque 15 800 m² situé à Kirkland, dans l’État de Washington. Amazon a récupéré ces locaux en décembre 2022 et les a transformés en usine de satellites en seulement 15 mois. L’entreprise y produit notamment ses systèmes de propulsion, développés en interne.
La méthode industrielle constitue l’un des éléments clés de cette accélération. Selon les informations rapportées, Amazon a adapté au secteur spatial certaines pratiques issues de l’électronique grand public, notamment pour les procédures de contrôle et de test. Des vérifications qui prenaient auparavant plusieurs semaines pourraient ainsi être réalisées en quelques heures.
Cette approche permet à Amazon d’atteindre une cadence de 27 satellites par semaine, contre seulement 27 en 6 mois au début du programme. L’entreprise serait ainsi devenue le deuxième fabricant de satellites au monde, derrière SpaceX. Mais produire des appareils en série ne suffit pas : encore faut-il disposer des lanceurs nécessaires pour les placer en orbite.
Des lancements retardés malgré une production record
Selon Rajeev Badyal, responsable du programme Amazon Leo et ancien dirigeant de Starlink, les premiers lancements supplémentaires sont désormais attendus dans les prochaines semaines. Dans un entretien accordé à Ars Technica, il évoque notamment un vol sur la fusée Vulcan, suivi d’un lancement opéré par Arianespace. Au moins un autre vol de Vulcan serait également prévu avant la fin de l’année.
Le calendrier reste toutefois soumis aux aléas du secteur spatial. Vulcan a été immobilisée à la suite d’un problème affectant une tuyère, tandis qu’une fusée New Glenn de Blue Origin a explosé sur son pas de tir en mai, selon les informations rapportées. Amazon a pourtant réservé des lancements auprès de quatre fournisseurs, avec environ une centaine de vols prévus.
Ces difficultés expliquent en partie le décalage entre les capacités industrielles du groupe et l’état réel de sa constellation. Le programme de première génération prévoit 3 232 satellites, un objectif encore très éloigné des 396 appareils actuellement en orbite. Même avec une production hebdomadaire élevée, le rythme des lancements restera déterminant.
Amazon affirme néanmoins que son service Internet par satellite pourrait être lancé dans les prochaines semaines. Il faudra encore que les prochains vols se déroulent comme prévu et que suffisamment de satellites soient déployés pour assurer une couverture et une capacité adaptées aux premiers clients.
Un retard qui a déjà coûté des droits sur les fréquences
Le calendrier de déploiement a également des conséquences réglementaires. Amazon devait avoir placé 1 616 satellites en orbite au 30 juillet, mais avait demandé dès janvier un délai supplémentaire de deux ans, en invoquant notamment le manque de lanceurs disponibles.

La Commission fédérale américaine des communications, la FCC, a accordé un aménagement du calendrier, mais cette décision s’est accompagnée d’une restriction importante : Amazon a perdu la priorité sur certaines fréquences des bandes Ka et Ku pour les satellites lancés après l’échéance. Ces appareils doivent donc éviter de provoquer des interférences avec les services concurrents, notamment Starlink.
La FCC a toutefois prévu la possibilité de rétablir cette priorité avant octobre 2027. Amazon devra démontrer qu’il a fabriqué les équipements nécessaires et sécurisé les réservations de lancement correspondantes. Avec 1 000 satellites désormais construits et plusieurs fusées Vulcan préparées, l’entreprise dispose de nouveaux arguments pour convaincre le régulateur.
L’enjeu dépasse la simple conformité administrative. Les fréquences constituent une ressource essentielle pour fournir un accès Internet par satellite, et les conditions de leur utilisation peuvent peser sur la capacité d’un opérateur à développer son réseau face à des concurrents déjà installés.
L’Europe pourrait devenir un marché important pour Amazon Leo
Amazon ne mise pas uniquement sur les États-Unis. Le groupe a également réservé des vols sur Ariane 6, le lanceur européen, et s’appuie déjà sur des partenaires de télécommunications pour préparer son arrivée sur différents marchés.
Vodafone et Vodacom participent ainsi à des essais bêta en Europe et en Afrique depuis avril. Ces partenariats pourraient permettre à Amazon d’intégrer sa connectivité satellitaire à des offres existantes, plutôt que de devoir construire seul un réseau de distribution auprès des consommateurs et des entreprises.
La concurrence européenne s’organise également sur le terrain réglementaire. La Commission européenne prévoit de réserver une part importante de la bande mobile par satellite de 2 GHz aux opérateurs européens. En parallèle, le programme IRIS², signé en août selon les informations disponibles, ne devrait pas accueillir ses premiers clients avant 2030.
Ce calendrier laisse une fenêtre de plusieurs années aux acteurs déjà en mesure de déployer une constellation. Amazon Leo pourrait en profiter, à condition de résoudre rapidement son problème de lancements et de passer de la production industrielle à une véritable présence en orbite.
Le véritable défi commence maintenant
La fabrication du 1 000e satellite marque une étape importante pour Amazon Leo. Elle montre que l’entreprise a réussi à industrialiser un processus complexe et à augmenter fortement ses capacités de production. Mais le nombre d’appareils construits ne doit pas masquer le retard accumulé dans leur déploiement.
Face à Starlink, qui dispose déjà d’une constellation opérationnelle, Amazon doit transformer ses stocks de satellites en une infrastructure capable de fournir un service fiable à grande échelle. Les prochains vols de Vulcan et d’Ariane 6 seront donc déterminants pour vérifier si la montée en puissance industrielle peut enfin se traduire dans l’espace.
Amazon semble avoir trouvé comment fabriquer ses satellites en masse. Reste à prouver qu’elle peut les lancer au même rythme et transformer cette avance industrielle en un service Internet réellement compétitif.