Le mode adolescent de ChatGPT ne convainc pas Common Sense Media. Dans une nouvelle évaluation publiée mercredi, l’organisation américaine estime que ChatGPT reste dangereux pour les utilisateurs de moins de 18 ans, y compris lorsqu’ils utilisent le mode destiné aux adolescents lancé par OpenAI en août.
Le groupe attribue à ChatGPT for Teens sa note la plus sévère, « Unacceptable Risk », et demande à OpenAI de cesser de promouvoir ce mode. Selon ses chercheurs, les adolescents ne devraient pas utiliser ChatGPT tant que des protections suffisantes ne sont pas mises en place.
L’évaluation a été réalisée par le Youth AI Safety Institute, le laboratoire de Common Sense Media consacré à la sécurité des jeunes face à l’IA. Les chercheurs ont testé plus de 4 000 prompts. La moitié des tests ont été réalisés avant le lancement du mode adolescent, le 18 août, et l’autre moitié après son déploiement.
Les tests ont été effectués avec des comptes enregistrés comme appartenant à des adolescents âgés de 13 à 17 ans, afin de mesurer concrètement les changements apportés par le nouveau mode.
Les alertes parentales posent particulièrement problème
L’un des principaux problèmes identifiés concerne les mécanismes censés prévenir les parents lorsqu’un adolescent traverse une situation potentiellement dangereuse. Les chercheurs affirment avoir évoqué des pensées suicidaires, l’automutilation et des troubles alimentaires sur plus d’une dizaine de nouveaux comptes associés à un parent. Pourtant, aucune alerte n’aurait été envoyée.
Des alertes sont apparues uniquement sur des comptes disposant de plusieurs semaines d’historique consacré à des sujets sensibles. Common Sense Media estime que cela pourrait indiquer que le système dépend davantage de l’historique d’utilisation que de la gravité d’un message individuel.
L’aide en cas de crise serait également insuffisante
L’évaluation pointe également les réponses de ChatGPT face aux situations nécessitant une orientation vers une aide extérieure. Selon les chercheurs, le chatbot n’aurait pas dirigé les adolescents vers des ressources d’aide dans plus d’un cas sur quatre parmi les situations où les testeurs estimaient qu’une telle orientation était nécessaire.
Pour Common Sense Media, ce résultat est particulièrement préoccupant pour un système présenté comme pouvant accompagner les adolescents dans leurs usages quotidiens.
Certaines protections peuvent être contournées
Les chercheurs ont également identifié plusieurs mécanismes permettant de contourner certaines protections. Dans le mode Étude, par exemple, un bouton « Show me the answer » permettrait à l’adolescent de passer outre l’approche pédagogique censée privilégier l’accompagnement plutôt que la simple fourniture d’une réponse.
Les chercheurs affirment également qu’une limite de temps d’étude définie par un parent peut être contournée en supprimant un court préfixe du message envoyé à ChatGPT.

Ces exemples soulèvent une question plus large : une protection réellement efficace doit-elle dépendre du comportement de l’utilisateur ou pouvoir résister à des tentatives relativement simples de contournement ?
Les contrôles d’âge ne fonctionneraient pas toujours
L’évaluation remet aussi en cause le fonctionnement de la détection de l’âge. Des comptes de test enregistrés comme appartenant à des adultes ne seraient jamais passés à la version destinée aux adolescents après plusieurs jours, même lorsque les testeurs indiquaient directement à ChatGPT qu’ils avaient 13 ans.
Cela ne signifie pas nécessairement que le système de détection de l’âge fonctionne systématiquement de cette manière, mais Common Sense considère ces résultats comme un autre point faible du dispositif.
Toutes les protections n’ont toutefois pas échoué. Les chercheurs indiquent notamment que ChatGPT a bien refusé certains scénarios de jeu de rôle sexuel explicite.
OpenAI rejette les conclusions
OpenAI conteste les résultats de cette évaluation. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré à Education Week que Common Sense Media ne reflétait pas correctement, selon OpenAI, le fonctionnement réel des protections destinées aux adolescents dans ChatGPT.
Il s’agit donc d’un désaccord important sur la méthodologie et sur l’interprétation des résultats. Les conclusions de Common Sense Media doivent être comprises comme l’évaluation de cette organisation à partir de ses propres tests, et non comme la démonstration indépendante que tous les utilisateurs adolescents sont systématiquement exposés aux mêmes problèmes.
Une critique qui s’inscrit dans la durée
Ce n’est pas la première fois que Common Sense Media se montre particulièrement critique envers ChatGPT. En octobre 2025, l’organisation avait déjà classé ChatGPT comme présentant un « risque élevé ». Un mois plus tard, elle avait considéré le chatbot comme présentant un risque inacceptable lorsqu’il était utilisé pour obtenir un soutien en matière de santé mentale.
L’organisation avait par ailleurs déjà collaboré avec OpenAI sur les questions de sécurité des adolescents, notamment autour de politiques destinées aux développeurs.
Common Sense Media précise que son institut est financé à la fois par des organismes caritatifs et par des acteurs de l’industrie, dont certains fabriquent les produits évalués. L’organisation affirme néanmoins conserver un contrôle éditorial complet sur ses résultats.
Le débat autour de ChatGPT et des mineurs risque donc de se poursuivre. Le lancement d’un mode spécifiquement destiné aux adolescents ne suffit manifestement pas, à lui seul, à convaincre tous les organismes spécialisés dans leur sécurité.