Les interfaces cerveau-machine entrent dans une nouvelle phase. Alors que Neuralink mise sur une chirurgie complexe pour connecter directement le cerveau à un ordinateur, une startup chinoise affirme pouvoir réaliser la même opération… sans ouvrir le crâne. Son approche repose sur un implant introduit par voie vasculaire, avec une intervention qui ne durerait qu’une dizaine de minutes.
Si cette technologie tient ses promesses, elle pourrait profondément transformer l’avenir des implants cérébraux.
Une implantation par les vaisseaux sanguins plutôt que par chirurgie ouverte
Basée à Shanghai, StairMed Technology développe une interface cerveau-machine (BCI) qui emprunte un chemin radicalement différent de celui de Neuralink.
Au lieu de retirer une partie du crâne pour déposer des électrodes directement dans le cerveau, l’implant est introduit par une veine située dans le cou. Il chemine ensuite à travers le réseau vasculaire jusqu’au cerveau, où il est positionné à proximité des zones ciblées.
Selon Zhao Zhengtuo, cofondateur de StairMed, cette méthode permettrait de réduire considérablement la complexité de l’intervention. Lors du Global Health Summit de Hong Kong, l’entreprise a indiqué qu’un neurochirurgien disposant de quelques années d’expérience pourrait réaliser la procédure en environ dix minutes.
À titre de comparaison, la première implantation humaine réalisée par Neuralink en 2024 avait nécessité près de deux heures, en raison de l’ouverture du crâne et de la pose extrêmement précise des fils d’électrodes à l’aide d’un robot chirurgical.
Une technologie encore loin de la validation clinique
Malgré cette promesse séduisante, StairMed reste au début de son développement. À ce jour, son implant n’a été testé que sur des moutons et aucun essai clinique chez l’humain n’a encore débuté. Les dix minutes évoquées par l’entreprise correspondent donc à une estimation théorique plutôt qu’à une performance démontrée en conditions réelles.
La société bénéficie néanmoins d’un soutien financier conséquent. Selon plusieurs médias chinois, elle aurait levé plus de 1,1 milliard de yuans, soit environ 163 millions de dollars, avec notamment le soutien de Tencent et Alibaba.
Synchron a déjà pris une longueur d’avance
Toutefois, l’idée d’un implant cérébral introduit par voie vasculaire n’est pas inédite. La société américaine Synchron développe depuis plusieurs années une technologie similaire baptisée Stentrode. Contrairement à StairMed, Synchron dispose déjà d’une expérience clinique : son dispositif a été implanté chez une dizaine de patients aux États-Unis et en Australie.
Les deux approches diffèrent toutefois dans leur conception. Le Stentrode reste positionné à l’intérieur d’un vaisseau sanguin proche du cortex moteur et capte l’activité cérébrale à travers la paroi vasculaire. StairMed affirme pour sa part que son implant quitterait le vaisseau pour venir s’ancrer juste à l’extérieur de celui-ci, avec l’objectif d’améliorer la qualité des signaux recueillis.
Reste à démontrer que cette architecture offre réellement un avantage clinique.
La Chine accélère dans la course aux interfaces cerveau-machine
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie nationale beaucoup plus large. Pékin considère désormais les interfaces cerveau-machine comme un secteur technologique prioritaire et souhaite faire émerger plusieurs acteurs capables de rivaliser avec les leaders occidentaux d’ici 2030.
Selon Morgan Stanley, le seul marché américain des implants cérébraux pourrait représenter près de 80 milliards de dollars à l’horizon 2035. Dans ce contexte, simplifier la procédure d’implantation constitue un enjeu majeur. Une intervention réalisée en quelques minutes, sans chirurgie ouverte, serait beaucoup plus facile à déployer dans les hôpitaux et pourrait accélérer l’adoption de ces technologies.
La simplicité ne remplacera pas les preuves
L’approche de StairMed est séduisante sur le papier. Réduire une intervention neurochirurgicale de plusieurs heures à quelques minutes représenterait une avancée majeure, tant pour les patients que pour les établissements de santé. Mais, dans le domaine des interfaces cerveau-machine, la vitesse d’implantation ne constitue qu’une partie du problème. La stabilité du signal, la sécurité à long terme, la biocompatibilité et les performances cliniques demeurent les véritables critères qui détermineront le succès d’une telle technologie.
Pour l’instant, Synchron possède une avance tangible grâce à ses premiers essais chez l’humain, tandis que Neuralink poursuit le développement d’une approche plus invasive mais offrant un contact direct avec le tissu cérébral.
StairMed devra désormais démontrer que son implantation par voie vasculaire peut offrir des performances comparables, voire supérieures. Si elle y parvient, elle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’interfaces cerveau-machine, moins invasives et potentiellement beaucoup plus accessibles.


