WhatsApp prépare une fonctionnalité attendue depuis longtemps : la possibilité de programmer l’envoi d’un message à une date et une heure précises.
Repérée dans une version bêta d’Android par WaBetaInfo, cette nouveauté permettrait de rédiger un message, de choisir son heure d’envoi et de laisser l’application le transmettre automatiquement, même lorsqu’elle est fermée.
La fonction est actuellement déployée auprès de certains testeurs. Son ouverture à davantage d’utilisateurs est attendue dans les prochaines semaines, sans calendrier officiel communiqué par Meta. Si son fonctionnement semble simple, son arrivée soulève une question particulière en Europe : programmer un message professionnel permet-il réellement de respecter le droit à la déconnexion ?
WhatsApp veut rattraper son retard sur Telegram
Le principe est intuitif. L’utilisateur rédige son message, maintient le bouton d’envoi pour accéder à l’option de programmation, puis sélectionne l’heure souhaitée. La fenêtre de programmation s’étendrait de dix minutes à deux semaines à l’avance.
La fonctionnalité prendrait en charge les textes, les liens, les photos et les vidéos, tout en conservant le chiffrement de bout en bout. Selon les informations rapportées par WaBetaInfo, certaines limites seraient toutefois présentes : un message programmé ne pourrait contenir qu’une seule photo ou vidéo. Dans un groupe, seuls les membres présents au moment de la programmation recevraient le message.

Autre détail important : si l’expéditeur supprime le message avant son envoi, les destinataires ne seraient pas avertis. Ils ne pourraient pas non plus savoir qu’un message a été programmé. Ces éléments proviennent des observations de la version bêta et pourraient évoluer avant le déploiement général.
WhatsAppWhatsApp est l'application de messagerie de Meta, chiffrée de bout en bout par défaut, utilisée par plus de 2 milliards de personnes dans le monde. Lire la fiche ne fait cependant pas œuvre de pionnier. Telegram propose déjà l’envoi programmé depuis 2019. Pour Meta, l’enjeu est donc surtout de combler une lacune fonctionnelle de son application de messagerie, utilisée aussi bien dans la sphère privée que dans les échanges professionnels.
Une fonction utile pour respecter les horaires de travail
La programmation des messages peut faciliter la gestion des communications professionnelles. Un responsable qui rédige un message à 23 heures peut, par exemple, choisir de le faire parvenir à son équipe à 9 heures le lendemain matin. Le destinataire reçoit alors la notification pendant ses horaires de travail, plutôt qu’au milieu de la soirée.
Cette possibilité prend une dimension particulière en Europe, où plusieurs pays ont instauré des protections relatives au droit à la déconnexion. En France, la loi de 2017 a notamment introduit des dispositions visant à encadrer ce droit dans les entreprises d’au moins 50 salariés, dans le cadre des négociations sur la qualité de vie au travail.
Cependant, les dispositifs diffèrent selon les législations : il n’existe pas de règle uniforme applicable à l’ensemble de l’Union européenne. Le Portugal figure parmi les pays ayant prévu un encadrement particulièrement explicite des contacts professionnels en dehors des horaires de travail, avec des exceptions, notamment en cas de force majeure, et des sanctions possibles. La surveillance des salariés reste par ailleurs soumise aux exigences européennes de nécessité et de proportionnalité.
Programmer un message ne suffit pas à garantir le droit à la déconnexion
L’envoi différé peut donc constituer un outil pratique pour limiter les sollicitations en dehors des horaires de travail. Mais il ne règle pas à lui seul la question du respect de la vie privée des salariés. Le problème tient notamment à l’absence d’indication visible signalant qu’un message a été programmé. Le destinataire voit le message arriver à l’heure choisie, sans savoir si son expéditeur vient de l’écrire ou s’il l’a préparé plusieurs heures auparavant.
Cette opacité peut être utile pour éviter de perturber un collègue le soir, mais elle présente aussi une limite. Un message reçu à 9 heures ne prouve pas que le travail a été effectué à cette heure-là : son auteur peut très bien l’avoir rédigé au milieu de la nuit.
Autrement dit, la programmation modifie l’heure de réception, pas nécessairement celle à laquelle le travail est réalisé. Elle ne garantit donc ni le respect des horaires contractuels ni celui des règles internes relatives à la déconnexion. Son intérêt dépendra aussi des pratiques de l’entreprise et de la manière dont les managers l’utilisent.
Une protection européenne toujours fragmentée
En 2021, le Parlement européen a demandé l’élaboration d’une directive consacrant le droit à la déconnexion. Le sujet n’a toutefois pas encore abouti à un cadre législatif commun applicable dans toute l’Union. Les salariés restent donc soumis à des protections nationales différentes, selon leur pays et leur situation professionnelle.
Dans ce contexte, l’arrivée de l’envoi programmé dans WhatsApp pourrait être utile aux équipes qui utilisent déjà l’application pour travailler. Elle faciliterait le décalage des communications vers les heures ouvrées, sans imposer aux expéditeurs de se connecter à nouveau au moment de l’envoi.
Reste une distinction essentielle : un outil de programmation peut aider à mieux organiser les échanges, mais il ne remplace ni une politique de déconnexion ni le respect effectif des horaires de travail. Pour WhatsApp, cette nouveauté serait avant tout un rattrapage fonctionnel. Pour les entreprises, elle pourrait devenir un outil supplémentaire, à condition de ne pas confondre message envoyé au bon moment et travail effectué au bon moment.