DeepSeek franchit une nouvelle étape dans sa collaboration avec Huawei. Le laboratoire chinois d’intelligence artificielle vient de rendre open source un ensemble d’outils de programmation destinés aux puces IA Ascend de Huawei, avec notamment une version de TileLang, son langage présenté comme une alternative plus simple à CUDA de Nvidia.
L’annonce, publiée mercredi sur le compte WeChat de DeepSeek, marque une évolution importante dans l’écosystème chinois de l’IA. Au-delà des performances des accélérateurs eux-mêmes, l’enjeu se déplace vers les logiciels capables d’exploiter efficacement ces puces.
TileLang devient un élément central de la stratégie
DeepSeek a publié une version de TileLang adaptée à la plateforme Ascend. Le langage avait initialement été testé sur des générations plus anciennes de GPU Nvidia avant de devenir, selon DeepSeek, son outil central pour ses travaux autour de l’intelligence artificielle générale.
L’objectif est de proposer une couche de programmation plus accessible que CUDA tout en permettant d’exploiter les capacités matérielles des accélérateurs.
CUDA reste aujourd’hui un élément central de l’écosystème Nvidia. The New York Times estime que la plateforme compte environ 4 millions de développeurs, ce qui donne une idée de l’avance accumulée par Nvidia sur le terrain logiciel.
DeepSeek cherche donc à s’attaquer à l’un des principaux avantages de son concurrent : non seulement les puces, mais aussi tout l’environnement de développement construit autour d’elles.
Six modules open source pour les puces Ascend
La nouvelle publication comprend six modules logiciels destinés aux accélérateurs Huawei. Ils reprennent notamment des briques que DeepSeek avait déjà publiées pour les GPU Nvidia. L’ensemble comprend des bibliothèques dédiées au calcul et à la communication sur la plateforme Ascend. Les outils sont disponibles gratuitement en téléchargement, ce qui pourrait faciliter leur adoption par d’autres développeurs et entreprises utilisant les accélérateurs de Huawei.
DeepSeek affirme par ailleurs que Huawei lui a apporté un soutien complet pendant le développement de ces outils. Les deux entreprises ont également travaillé ensemble sur un système baptisé « supernode », construit autour de 128 puces Ascend 950.
Pour DeepSeek, l’objectif est de contribuer à la création d’un écosystème logiciel GPU « indépendant » et maîtrisé, avec un langage suffisamment haut niveau pour rester accessible tout en permettant d’exploiter les performances du matériel.
Une coopération qui dépasse les logiciels
La collaboration entre DeepSeek et Huawei ne se limite donc plus à l’adaptation d’un langage de programmation. Selon les informations rapportées par Bloomberg, DeepSeek prévoit de déployer au moins 160 000 accélérateurs Huawei dans un centre de données situé en Mongolie-Intérieure.
Le laboratoire serait également en train de lever des fonds sur la base d’une valorisation proche de 500 milliards de yuans, soit environ 74 milliards de dollars, selon la conversion fournie par la source.
Ces éléments montrent que l’enjeu dépasse le simple développement d’outils open source : DeepSeek pourrait contribuer à créer un environnement complet permettant aux infrastructures IA chinoises de fonctionner avec des accélérateurs locaux.
Huawei accélère sur ses puces Ascend
Cette annonce intervient seulement deux semaines après la présentation par Huawei de sa nouvelle génération de puces Ascend. La demande pour les accélérateurs IA de Huawei serait actuellement supérieure aux capacités disponibles, selon The New York Times. Le groupe envisagerait même de limiter les ventes de ses puces en dehors de la Chine.
Cette stratégie intervient dans un contexte de restrictions américaines limitant l’accès des entreprises chinoises aux accélérateurs Nvidia les plus avancés.
Huawei cherche donc à développer une alternative complète : des accélérateurs locaux, des systèmes capables de les regrouper à grande échelle et désormais un environnement logiciel permettant aux développeurs d’exploiter efficacement ces infrastructures.
La bataille se déplace du silicium vers le logiciel
L’un des enseignements majeurs de cette annonce est que remplacer Nvidia ne consiste pas uniquement à fabriquer une puce concurrente. L’écosystème CUDA constitue depuis longtemps l’un des principaux atouts de Nvidia. Les développeurs disposent d’outils, de bibliothèques et d’une importante base de connaissances qui facilitent le déploiement de logiciels sur ses GPU.
DeepSeek tente donc de contribuer à construire une alternative autour des accélérateurs Huawei.
Le choix de l’open source est particulièrement stratégique. En rendant gratuitement disponibles ses outils, DeepSeek peut potentiellement accélérer leur adoption au-delà de ses propres infrastructures et favoriser l’émergence d’une communauté de développeurs travaillant avec les puces Ascend.
Une réponse aux restrictions américaines
Cette dynamique s’inscrit directement dans le contexte des restrictions américaines sur l’exportation de technologies avancées vers la Chine. Les limitations imposées aux entreprises chinoises concernant certains accélérateurs Nvidia poussent les acteurs locaux à rechercher davantage d’autonomie sur l’ensemble de la chaîne technologique.
Huawei semble vouloir occuper cette position en développant ses propres accélérateurs. DeepSeek, de son côté, apporte son expertise dans les modèles d’IA et désormais dans les outils nécessaires pour exploiter ces puces.
La déclaration d’Eric Xu, président tournant de Huawei, résume la logique industrielle derrière cette stratégie : l’entreprise refuse de dépendre d’un écosystème qu’elle ne peut pas contrôler.
Avec TileLang et ses nouvelles bibliothèques Ascend, DeepSeek ajoute désormais une pièce essentielle à cette stratégie. La course à l’IA ne se joue plus uniquement sur les performances des modèles ou des puces : elle se joue aussi sur les outils logiciels qui permettent de les exploiter.