L’intelligence artificielle ne nécessite pas seulement davantage de GPU et de gigantesques centres de données. Il faut également relier toutes ces infrastructures entre elles.
Meta prépare justement Petal, un nouveau système de câble sous-marin destiné à relier directement les États-Unis à la France sur plus de 6 500 kilomètres. Le projet, apparu dans des documents réglementaires français, doit arriver à proximité de Marseille, devenue l’un des principaux carrefours européens des télécommunications sous-marines.
Petal ne servirait pas uniquement à renforcer les échanges transatlantiques de Meta. Grâce à plusieurs unités de branchement, le câble doit également pouvoir prolonger sa connectivité vers différents marchés d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique.
Pour Meta, l’enjeu est stratégique : disposer de davantage de capacité pour Facebook, Instagram et WhatsApp, mais surtout pour les volumes de données considérables générés par le développement de son infrastructure IA.
Plus de 6 500 kilomètres sous l’Atlantique
Petal doit parcourir plus de 6 500 kilomètres entre la côte est des États-Unis et la région de Marseille. Le système utilisera plusieurs paires de fibres et des technologies optiques conçues pour transporter des volumes de données se mesurant en dizaines de térabits par seconde.
La capacité exacte du système n’a pas encore été détaillée publiquement. Comme sur les câbles sous-marins modernes, celle-ci pourra également évoluer au fil du temps grâce au remplacement et à l’amélioration des équipements installés aux extrémités de la liaison.
Il n’est donc pas nécessaire de remplacer les milliers de kilomètres de fibres immergées pour augmenter progressivement la capacité disponible.
Pourquoi Meta a besoin de son propre câble ?
Facebook, Instagram et WhatsApp génèrent quotidiennement d’immenses quantités de trafic. À cela s’ajoutent désormais les besoins de Meta en matière d’intelligence artificielle. Entraîner des modèles, synchroniser des infrastructures de calcul ou exploiter des services d’IA distribués entre plusieurs régions nécessite de transférer d’importantes quantités de données entre centres de données.
Dans ce contexte, dépendre uniquement de capacités achetées auprès d’opérateurs télécoms devient moins intéressant pour les géants technologiques.
Posséder ou contrôler directement les infrastructures permet à Meta de maîtriser davantage les capacités disponibles, les routes empruntées par son trafic, les coûts et la redondance de son réseau. Petal s’inscrit dans cette stratégie.
Meta possède déjà un vaste réseau sous-marin

Petal ne constitue pas la première incursion de Meta dans les câbles sous-marins. Le groupe participe déjà à de nombreux systèmes internationaux reliant ses infrastructures et les principales régions où sont concentrés ses utilisateurs. Parmi les projets les plus importants figure notamment 2Africa, immense système entourant le continent africain et reliant plusieurs régions d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique.
Meta dispose également d’investissements dans différentes liaisons transatlantiques et transocéaniques. Petal ajoutera une nouvelle route entre l’Amérique du Nord et l’Europe, augmentant simultanément la capacité disponible et la résilience du réseau.
Si une liaison est interrompue, le trafic peut être redirigé vers d’autres itinéraires.
Marseille, carrefour stratégique des câbles sous-marins
Le choix de Marseille n’est pas anodin. La ville est devenue l’un des principaux hubs européens pour les câbles sous-marins internationaux, notamment grâce à sa position géographique. Depuis Marseille, les réseaux peuvent naturellement rejoindre l’Europe occidentale, mais également poursuivre vers la Méditerranée, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
De nombreux systèmes sous-marins arrivent déjà dans la région. Cette concentration s’accompagne d’infrastructures terrestres permettant ensuite d’acheminer les données vers les grands centres numériques européens.
Pour Meta, une arrivée à Marseille permet donc de connecter Petal à un écosystème déjà particulièrement dense.
Des ramifications vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique
Petal doit également intégrer des unités de branchement. Ces équipements permettent de créer des ramifications vers différentes stations d’atterrissement sans devoir construire un câble indépendant sur toute la longueur du trajet. Le système pourrait ainsi servir non seulement à relier directement la France et les États-Unis, mais également à alimenter plusieurs routes supplémentaires dans la région EMEA.
Cette architecture apporte aussi davantage de flexibilité. Certaines portions peuvent être activées ou renforcées en fonction des besoins sans nécessairement exploiter de manière identique l’ensemble du système. Des capacités pourraient également être mises à disposition d’autres opérateurs sur certaines portions du réseau.
Le point d’arrivée américain reste à préciser
Sur le continent américain, Petal doit rejoindre la côte est des États-Unis. Cependant, le site précis n’a pas encore été officiellement détaillé dans les informations disponibles. Plusieurs zones concentrent déjà d’importantes infrastructures de télécommunications et de centres de données sur la façade atlantique américaine.
Le choix définitif devra notamment prendre en compte les connexions avec les infrastructures existantes de Meta, la latence et la nécessité de disposer d’itinéraires différents des autres câbles transatlantiques.
Cette diversité des routes est essentielle pour assurer la continuité du service en cas de panne ou de rupture d’un câble.
L’IA transforme aussi les fonds marins
L’explosion de l’intelligence artificielle est généralement visible à travers les investissements dans les GPU et les centres de données. Mais ces infrastructures ne fonctionnent pas indépendamment les unes des autres.
Les données doivent circuler entre les régions, les clusters de calcul et les utilisateurs. Un modèle entraîné aux États-Unis peut être utilisé par des services européens. Des données peuvent être traitées dans plusieurs centres de données. Les services distribués doivent synchroniser leurs infrastructures. Le réseau devient donc une composante aussi stratégique que le calcul et le stockage.
Pour Meta, Google, Microsoft ou Amazon, investir directement dans des câbles sous-marins constitue une manière de préparer cette croissance plutôt que de dépendre uniquement des infrastructures des opérateurs traditionnels.
Les géants de la tech deviennent leurs propres opérateurs
Historiquement, les grands câbles internationaux étaient principalement construits par des consortiums d’opérateurs télécoms. Cette situation a profondément évolué. Les hyperscalers sont désormais parmi les principaux investisseurs dans les infrastructures sous-marines mondiales. La raison est relativement simple : leur consommation de bande passante est devenue suffisamment importante pour justifier des investissements directs.
En contrôlant une partie de leur infrastructure, les géants du cloud et d’Internet peuvent mieux adapter les capacités à leurs propres besoins et éviter certains coûts associés à la location permanente de bande passante.
Petal illustre une nouvelle fois cette transformation. Meta n’est plus seulement une entreprise exploitant Internet : elle construit progressivement une partie de l’infrastructure physique sur laquelle ses services circulent.
Les câbles sous-marins sont une infrastructure critique

Ces investissements prennent également une importance géopolitique croissante. La très grande majorité des communications internationales transite par les câbles sous-marins. Transactions financières, services cloud, communications professionnelles, streaming ou réseaux sociaux dépendent directement de ces infrastructures.
Les incidents récents impliquant différentes liaisons sous-marines ont également rappelé leur vulnérabilité. La multiplication des routes permet donc non seulement d’augmenter la capacité disponible, mais également de créer davantage de redondance.
Pour Meta, Petal constitue autant un investissement dans la capacité qu’un investissement dans la résilience.
Une infrastructure conçue pour évoluer
Les câbles sous-marins modernes sont conçus pour fonctionner pendant plusieurs décennies. Les équipements installés sous l’eau — fibres, répéteurs et unités de branchement — doivent donc être suffisamment avancés pour accompagner plusieurs générations d’équipements terrestres.
Petal doit s’appuyer sur les technologies modernes de transmission optique et de multiplexage permettant d’exploiter plusieurs flux de données à très haut débit. Des répéteurs placés régulièrement le long du trajet amplifient le signal optique afin qu’il puisse parcourir plusieurs milliers de kilomètres.
L’amélioration ultérieure des équipements situés à terre peut ensuite permettre d’exploiter davantage de capacité sur la même fibre.
Un chantier particulièrement complexe
Déployer plus de 6 500 kilomètres de câble au fond de l’Atlantique nécessite plusieurs étapes. Le tracé doit d’abord être précisément étudié afin d’identifier la topographie des fonds marins, les zones sensibles et les risques liés notamment à la pêche ou aux ancres. Près des côtes, le câble peut être enterré afin de limiter les risques de détérioration. En haute mer, il repose généralement directement sur le fond marin.
L’installation elle-même nécessite des navires spécialisés capables de transporter puis de déposer progressivement plusieurs milliers de kilomètres de câble. Les contraintes réglementaires et environnementales constituent également une partie importante du calendrier.
Un calendrier encore à préciser
Le projet est engagé dans les procédures réglementaires nécessaires, notamment en France. Les informations disponibles évoquent une mise en service dans le courant de 2026, mais le calendrier précis dépendra des autorisations et du déroulement du déploiement. Meta n’a pas encore détaillé publiquement l’ensemble des partenaires industriels impliqués dans Petal.
Il faudra également attendre davantage d’informations pour connaître les différents points d’atterrissement, la capacité finale du système et les éventuelles ramifications qui seront effectivement activées.
Ces éléments seront déterminants pour mesurer l’importance réelle de Petal au-delà de sa liaison principale entre la France et les États-Unis.
Derrière Meta AI, des milliers de kilomètres de fibre
Petal rappelle surtout une réalité parfois masquée par les annonces autour des nouveaux modèles d’intelligence artificielle. Le développement de l’IA repose sur une quantité considérable d’infrastructures physiques. GPU, centrales électriques, centres de données, systèmes de refroidissement et désormais câbles transatlantiques constituent les fondations nécessaires au fonctionnement de ces services.
Meta investit massivement dans chacune de ces couches. Avec Petal, l’entreprise cherche à contrôler un peu plus la circulation des données entre ses infrastructures américaines et européennes.
Le prochain front de la course à l’IA ne se joue donc pas uniquement dans les modèles ou les centres de données. Il passe aussi à plus de 6 000 kilomètres sous l’océan Atlantique.