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Cloud gaming : un marché à 38 milliards de dollars en 2035, les consoles menacées ?

Décryptage

Cloud gaming : un marché à 38 milliards de dollars en 2035, les consoles menacées ?

L'ESSENTIEL
  • Le marché du cloud gaming pourrait peser 38 milliards de dollars d’ici 2035.
  • Les consoles traditionnelles risquent de devenir un marché de niche pour passionnés.
  • La baisse du coût des GPU reste indispensable pour concrétiser ce scénario.

Le cloud gaming pourrait peser 38 milliards de dollars d’ici 2035, au point de reléguer les consoles traditionnelles au rang de produits de niche. C’est la prévision de Bloomberg Intelligence dans une étude menée par l’analyste Nathan Naidu et rapportée par Bloomberg le 13 octobre 2026.

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Selon ce scénario, les progrès de l’intelligence artificielle et la baisse future du coût des infrastructures de calcul pourraient bouleverser durablement l’industrie du jeu vidéo.

L’hypothèse repose toutefois sur une condition essentielle : l’arrivée d’une capacité excédentaire de calcul graphique dans les centres de données, qui ferait baisser les prix du streaming de jeux. Or, pour l’instant, la demande liée à l’IA exerce plutôt une pression à la hausse sur les coûts. Le scénario de Bloomberg Intelligence dépend donc d’une évolution économique qui ne s’est pas encore concrétisée.

Cette perspective pose une question stratégique aux fabricants de consoles, de Nintendo à Sony en passant par Microsoft, qui investissent toujours dans du matériel dédié alors que les services de streaming cherchent à s’imposer.

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Les consoles pourraient devenir un marché de passionnés

Pour Nathan Naidu, le développement du cloud gaming pourrait progressivement réduire la place des consoles physiques dans le marché grand public. Les joueurs pourraient accéder à des titres exigeants depuis des appareils plus simples, sans avoir à acheter une machine coûteuse ni à renouveler régulièrement leur matériel.

L’analyste compare l’avenir des consoles à celui des platines vinyles : des produits qui continueraient à séduire les passionnés et les collectionneurs, mais qui ne constitueraient plus le choix dominant du grand public. Il estime que ce modèle matériel dédié pourrait devenir relativement peu rentable face à une distribution des jeux reposant sur des infrastructures partagées.

L’intelligence artificielle jouerait un double rôle dans cette transformation. D’un côté, elle pourrait contribuer à réduire certains coûts de calcul à terme. De l’autre, les investissements massifs dans les centres de données nécessaires à son fonctionnement pourraient créer une capacité GPU excédentaire, ensuite mobilisable pour le jeu en streaming.

Mais, ce scénario dépend fortement de l’évolution de la demande en IA, des prix de l’énergie, du coût des composants et du rythme de construction des centres de données. Une baisse durable du coût du calcul n’est donc pas garantie.

Le coût des GPU reste un obstacle au cloud gaming

La réalité actuelle ne correspond pas encore aux prévisions les plus optimistes. La demande en calcul liée à l’intelligence artificielle continue de mobiliser les ressources disponibles, tandis que les tensions sur la mémoire entretiennent la hausse des coûts.

Amazon Web Services a ainsi augmenté d’environ 20 % en juillet les tarifs de certaines capacités GPU réservées, selon les informations citées par The Next Web. Il s’agissait de la deuxième hausse en six mois. Les analystes ne s’attendent pas à une résolution rapide de la pénurie de mémoire, qui pourrait se prolonger jusqu’en 2028.

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Cette évolution complique l’équation économique des plateformes de cloud gaming. Elles doivent financer les GPU, les centres de données, la consommation électrique et la bande passante, tout en proposant des abonnements suffisamment attractifs pour convaincre les joueurs.

La thèse de Bloomberg Intelligence repose donc sur un changement de cycle : les investissements actuels dans l’IA pourraient finir par produire une offre de calcul supérieure aux besoins immédiats, ce qui ferait baisser les prix vers la fin de la décennie. D’ici là, les opérateurs devront composer avec des coûts élevés et une rentabilité incertaine.

Microsoft, Nvidia et Tencent dominent un marché encore en construction

Le marché du cloud gaming reste concentré autour de plusieurs acteurs majeurs. Microsoft occuperait environ 40 % du secteur avec Xbox Cloud Gaming, selon les estimations de Bloomberg Intelligence. Le service aurait totalisé quelque 220 millions d’heures de jeu au dernier trimestre étudié.

Nvidia dispose également d’une position importante avec GeForce Now, qui s’appuie sur ses infrastructures graphiques pour diffuser des jeux PC. En Chine, Tencent figure parmi les principaux acteurs du marché.

Ces positions ne signifient pas pour autant que le cloud gaming a déjà trouvé son modèle économique définitif. Microsoft a commencé à tester une formule de streaming financée par la publicité en juillet, tandis qu’Amazon a intégré Luna à Prime Video. Ces évolutions peuvent être interprétées comme des tentatives pour élargir l’audience et mieux intégrer les services à des offres existantes, mais elles soulignent aussi les ajustements encore nécessaires.

Le succès du streaming dépendra de plusieurs facteurs : le prix des abonnements, la disponibilité des jeux, la qualité de la connexion Internet et la capacité des plateformes à proposer une expérience suffisamment fluide. Pour les joueurs disposant déjà d’une console ou d’un PC performant, le passage au cloud n’est pas automatiquement avantageux.

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Nintendo et Sony face à des stratégies différentes

Selon l’analyse de Nathan Naidu, Nintendo serait particulièrement exposé à cette évolution, car l’entreprise a historiquement fait du matériel dédié une composante centrale de son modèle. Une éventuelle marginalisation des consoles pourrait donc remettre en question une partie de sa stratégie à long terme.

Sony disposerait d’une position plus favorable grâce à PlayStation Plus et au PlayStation Portal, qui lui permettent déjà d’explorer différentes formes d’accès aux jeux. Cela ne garantit toutefois pas que le constructeur échappera aux pressions économiques : son activité reste étroitement liée aux ventes de consoles et à son écosystème matériel.

Microsoft illustre une autre contradiction. Malgré les perspectives du cloud gaming, l’entreprise prépare toujours une nouvelle génération de console Xbox, annoncée pour 2027 par Asha Sharma en juillet. Dans le même temps, sa division gaming a subi une restructuration importante, avec environ 3 200 suppressions de postes et la fermeture ou l’abandon de plusieurs studios, selon les informations rapportées par The Next Web.

La pression immédiate sur Xbox concerne aussi ses marges. Celles-ci seraient tombées à environ 3 % sur l’exercice financier évoqué dans le rapport. Microsoft n’aurait pas exclu une séparation de certaines activités ou une vente, même si aucune décision de ce type n’est confirmée.

La préparation d’une nouvelle console montre en tout cas que Microsoft ne considère pas encore le matériel comme dépassé. Les consoles et le cloud pourraient continuer à coexister pendant plusieurs années, même si leur poids respectif évolue.

L’Europe a aussi son mot à dire

Le cloud gaming représente également un enjeu réglementaire. Dans le cadre du rachat d’Activision Blizzard par Microsoft, la Commission européenne a imposé des engagements liés à la diffusion en streaming des jeux concernés.

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Microsoft a notamment publié des licences permettant aux joueurs de l’Espace économique européen et aux fournisseurs de cloud gaming d’accéder gratuitement aux jeux concernés, selon les conditions prévues. Ces engagements, mis en place en octobre 2023 pour une durée de dix ans, doivent contribuer à préserver la concurrence sur le marché du streaming.

Leur échéance intervient toutefois en 2033, soit deux ans avant l’horizon de marché de 38 milliards de dollars envisagé par Bloomberg Intelligence. Les licences obtenues pendant la période de validité resteraient néanmoins utilisables sans limite de durée, selon les modalités annoncées.

Ces règles montrent que l’avenir du cloud gaming ne dépendra pas uniquement de la technologie et du prix des GPU. L’accès aux catalogues, les droits de diffusion et les conditions imposées aux plateformes pèseront également sur la concurrence.

L’IA accélère le développement des jeux, mais divise les créateurs

L’intelligence artificielle transforme aussi la production des jeux vidéo. Tim Sweeney, le dirigeant d’Epic Games, aurait expliqué que son entreprise réorganisait ses activités pour tirer le maximum des progrès de l’IA. Epic a notamment intégré ClaudeClaude est l'assistant IA conversationnel d'Anthropic, conçu pour être utile, inoffensif et honnête, reconnu en 2026 pour le codage, le raisonnement et la sécurité. Lire la fiche et GeminiGemini est la famille de modèles d'IA multimodaux de Google DeepMind, à la fois application grand public et couche d'intelligence intégrée à Search, Android, Gmail et YouTube. Lire la fiche à Unreal Engine 6, selon les informations rapportées par Bloomberg.

L’objectif est d’accélérer certains processus de développement et de donner aux équipes de nouveaux outils. Mais l’adoption de l’IA ne fait pas l’unanimité : une enquête menée auprès de plus de 2 300 développeurs indique que 52 % d’entre eux estiment que l’IA générativeL'IA générative est une intelligence artificielle qui crée du texte, des images, des vidéos, du son ou du code à partir d'une simple demande écrite. Lire la fiche nuit à l’industrie.

Cette opposition illustre les tensions qui accompagnent la transformation du secteur. L’IA pourrait réduire certains coûts et accélérer la création, mais ses effets sur les métiers, la qualité des productions et les conditions de travail restent débattus.

À l’horizon 2035, le jeu vidéo pourrait donc être transformé à la fois dans sa distribution et dans sa fabrication. Le cloud gaming pourrait devenir un marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars, comme le prévoit Bloomberg Intelligence, mais la disparition des consoles grand public reste une hypothèse bien plus incertaine. Tant que le calcul en centre de données demeure coûteux et que les joueurs continuent de privilégier les machines dédiées, le remplacement du matériel par le streaming n’a rien d’inéluctable.

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