TSMC pourrait accélérer encore sa stratégie d’expansion aux États-Unis. Selon des informations rapportées par Bloomberg, le fabricant taïwanais envisagerait de créer au Texas un nouveau campus composé de plusieurs usines de semi-conducteurs, chacune représentant un investissement d’au moins 20 milliards de dollars.
Le projet reste à un stade préliminaire et dépendrait surtout d’une décision du Congrès américain concernant un crédit d’impôt de 35 % pour la fabrication de semi-conducteurs. Une éventuelle extension de ce dispositif pourrait conditionner le lancement du chantier.
L’enjeu dépasse largement la production de puces classiques : TSMC chercherait notamment à augmenter ses capacités de production américaines pour répondre à la demande croissante de puces destinées à l’intelligence artificielle.
Un campus texan qui pourrait dépasser les dizaines de milliards
Selon les informations disponibles, TSMC étudie un campus texan regroupant plusieurs fabs. Chaque usine représenterait au minimum 20 milliards de dollars d’investissement, ce qui placerait potentiellement le projet dans une autre catégorie que les investissements industriels habituels.
Le constructeur a déjà engagé des sommes considérables aux États-Unis. Son projet en Arizona représente désormais 265 milliards de dollars, avec dix fabs, deux usines dédiées au packaging avancé et un centre de recherche.
L’Amérique du Nord représente par ailleurs plus de 75 % du chiffre d’affaires de TSMC lié aux wafers cette année, selon les informations rapportées dans la source.
Mais le Texas pourrait constituer une nouvelle étape dans cette stratégie américaine.
Le crédit d’impôt de 35 % au cœur de la décision
Le principal élément susceptible de déterminer l’avenir du projet est politique et financier. Un crédit d’impôt de 35 % pour la fabrication de semi-conducteurs impose actuellement que les constructions concernées commencent avant la fin du mois de décembre. Une prolongation n’aurait, selon la source, pas encore de trajectoire claire au Congrès cette année.
Les sénateurs Mike Crapo et Ron Wyden ont toutefois indiqué être engagés en faveur d’une prolongation.
Pour TSMC, la question est donc de savoir si le calendrier et les conditions fiscales permettront de sécuriser un investissement de plusieurs dizaines de milliards de dollars supplémentaires.
L’entreprise n’a pas commenté ces informations, les qualifiant de rumeurs de marché.

En Europe, TSMC mise sur des technologies beaucoup plus anciennes
La comparaison avec l’Europe est particulièrement révélatrice. TSMC participe actuellement à son premier grand projet industriel européen, une coentreprise située à Dresde, en Allemagne, dont l’investissement total dépasse 10 milliards d’euros. En août 2024, Bruxelles avait approuvé environ 5 milliards d’euros d’aides publiques pour soutenir le projet.
La future usine doit produire environ 40 000 wafers par mois. L’installation des équipements est prévue sur la période actuelle, avec un démarrage de la production en 2027 et une montée en capacité complète attendue en 2029.
Mais, cette usine européenne ne fabriquera pas les puces les plus avancées destinées à l’IA.
Pourquoi Dresde ne produira pas les puces IA de dernière génération
Le site allemand doit travailler sur des procédés 28 et 22 nm CMOS, ainsi que sur les technologies 16 et 12 nm FinFET. Ces nœuds sont plusieurs générations derrière ceux utilisés actuellement pour les processeurs et accélérateurs IA les plus avancés commandés par des acteurs comme Nvidia ou Apple, selon la source.
Le contraste financier est également saisissant : une seule fab texane pourrait coûter environ deux fois plus que l’ensemble du projet européen de Dresde.
Cela illustre surtout deux stratégies différentes. Aux États-Unis, TSMC cherche à rapprocher une partie de ses capacités avancées du gigantesque écosystème américain de l’IA. En Europe, le projet de Dresde vise davantage à renforcer une capacité industrielle régionale sur des technologies éprouvées.
Le Texas devient un véritable pôle des semi-conducteurs
TSMC ne serait d’ailleurs pas seul au Texas. L’État accueille déjà le vaste complexe de Samsung consacré aux semi-conducteurs, tandis que d’autres projets majeurs sont en développement, notamment autour de Tesla et de Texas Instruments.
Si TSMC confirmait un nouveau campus, le Texas renforcerait donc encore sa position comme l’un des centres majeurs de la production de semi-conducteurs aux États-Unis.
Un autre emplacement aurait également été étudié par TSMC : Singapour. À ce stade, aucun projet comparable n’est évoqué pour un autre pays européen.
L’Europe risque de rester en retrait sur les technologies de pointe
Cette situation intervient alors que l’Union européenne cherche précisément à renforcer sa souveraineté dans les semi-conducteurs. L’objectif fixé par le European Chips Act est de faire passer la part de l’Europe dans le marché mondial à 20 % d’ici 2030. La région représentait environ 9,8 % du marché en 2022 et les propres projections européennes évoquées dans la source la placeraient autour de 11,7 %.
La Cour des comptes européenne avait estimé que l’objectif de 20 % était très difficile à atteindre. Dans le même temps, l’industrie demande déjà un Chips Act 2.0, tandis que la Commission européenne prépare une nouvelle initiative.
L’Europe n’est cependant pas absente de la course. Infineon a par exemple inauguré en juillet à Dresde une usine de 5 milliards d’euros dédiée aux semi-conducteurs de puissance, avec environ 1 milliard d’euros de soutien européen.
Le problème est donc moins celui de l’absence totale d’investissements que celui de leur échelle et de leur positionnement technologique.
Une question stratégique pour l’Europe
Le premier Chips Act devait contribuer à mobiliser environ 86 milliards d’euros, mais la majeure partie de cette enveloppe ne correspond pas directement à de l’argent européen : la Commission ne finance qu’une fraction, tandis que les États membres et les investisseurs privés fournissent l’essentiel.
Pour TSMC, les technologies les plus avancées restent concentrées dans ses activités de recherche à Taïwan, même si le groupe continue de multiplier les investissements à l’étranger.
La question européenne devient donc moins celle de savoir si le continent accueillera une fab de dernière génération demain que celle de savoir s’il fera partie des territoires considérés lorsqu’un nouveau grand campus industriel sera décidé.
Le projet texan, s’il se confirme, montrerait en tout cas que la compétition mondiale pour attirer les capacités de production liées à l’IA se joue désormais à une échelle de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Et sur ce terrain, l’Europe devra démontrer qu’elle peut offrir autre chose que des subventions pour des technologies déjà bien établies.